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140 LA R E V U E LYONNAISE l'étendue ou continuité du résistant, ainsi que les notions simples de force, de substance, de cause, d'unité, d'identité, de liberté, de nécessité, de temps et d'espace. Dans ce petit coin de l'effort, c'est la psychologie qui tient tout entière, et c'est le monde métaphy- sique qui vient se presser. Nous avons déjà , dans le cours de cette étude, laissé percer notre foi philosophique d'une manière assez transparente pour qu'on puisse croire que rien ne nous choque dans une philosophie qui doue l'âme d'une faculté unique et qui va chercher cette faculté ou cette force dans la volonté. Nous sommes convaincus que, sous ce rapport, Maine de Biran est dans le vrai, et que lui seul, entre tous les philosophes, a posé hardiment l'assise fondamentale, la vérité première de la science. Mais nous ne tenons pas cependant pour irréprochables toutes les déductions dont cette doctrine devient pour lui l'occasion ou le principe. Au contraire, nous pensons qu'il a erré sur une très grande partie du sujet. De quelque ingénieuse manière qu'il s'y soit pris pour expliquer l'origine des idées nécessaires et universelles de cause, d'unité, de substance, de liberté, d'espace, etc., c'est une entreprise chimé- rique, on le comprend, de prétendre tirer toute cette magnifique nomenclature de vérités du duel étroit où se rencontrent l'effort et la résistance. Une force active qui s'exerce en nous et un terme résistant qui en limite l'action ne donnent guère, au delà du fait de conscience, qu'une sorte de théorème de mécanique. Il faut raffiner singulièrement par l'interprétation pour en dériver les axiomes ou notions fondamentales que nous venons de rappeler. Dès le premier pas, on pourrait arrêter Maine de Biran sur l'illé- gitimité de sa conclusion. Comment, en effet, déduit-il l'idée de cause? Il y a, nous dit-il, une dualité irréductible de l'effort et de la résistance, l'âme sent comme un fait simple ces deux choses à la fois. Mais alors est-il bien facile d'expliquer que l'âme, no - nobstant la simplicité du fait, en sépare ce qui concerne uni- quement l'effort? Et n'y a-t-il pas aussi quelque chemin à faire pour que le sentiment de l'effort, à le supposer privativement obtenu, mène à l'idée de cause? Pourquoi plutôt à l'idée de cause qu'à l'idée de force ? Il nous paraît évident que Maine de Biran glisse dans le théorème bien plus qu'il n'y a mis d'abord,