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            LA GLOIRE ET LE POÈTE                           97
Celui qui n'ose pas se livrer tout entier
A la muse étoilée, avec son rêve altier
       Et sa mélancolie !
Celui qui ne sent pas que le temple immortel
S'ouvre aux audacieux apportant sur l'autel
       Leur sublime folie !


Celui dont les matins, dont les soirs, dont les nuits
Se passent au milieu de vulgaires ennuis ;
       Dont l'esprit dégénère !
Celui que l'or attire, et qui, sans se lasser,
Se baisse indignement, pour le mieux ramasser
        Comme un vil mercenaire !


Ceux qui n'ont aperçu, poursuivi, convoité
Que de brillants dehors, et que la vanité
       D'un tourbillon fragile !
Ceux dont l'étroit regard, en suivant le chemin,
Ne cherche point l'azur, dont la tremblante main
       S'est rivée à l'argile !


Ah ! la gloire jamais pour eux ne descendra
De sa hauteur tranquille, et n'abandonnera
        Ses enceintes sacrées !
Ces hommes pourront bien éblouir un moment
L'horizon, soulever l'aveugle empressement
        Des foules égarées !


Ils pourront exciter de jalouses rumeurs
Par leur éclat d'un jour, par les vides clameurs
       De leur faux auditoire :
Ils pourront s'étourdir, et, pleins de cécité,
Ces hommes-là croiront à l'immortalité
       De leur nom dans l'histoire!
AOÛT 1882. — T. IV.                                     7