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92                   LA HEVUE LYONNAISE

ce moment, les juifs furent placés sous une sorte de séquestre. On
leur interdit de communiquer avec les autres citoyens pour liqui-
der leurs créances ; on défendit à ceux-ci de pénétrer dans leurs
habitations ; le roi finit même par perdre patience, et comme le
remboursement de leurs prêts, pour lequel ils avaient été autorisés
à demeurer transitoirement en France, traînait en longueur, il
trancha la difficulté; toutes leurs créances furent annulées en 1397,.
et ils furent obligés de gagner de suite la frontière pour se
réfugier dans les pays voisins, non encore réunis à la couronne,
en Dauphiné, d'où ils furent chassés en 1449 et 1452, en P r o -
vence, dans le Comtat Venaissin surtout, où les papes les reçurent
misèricordieusement, mais sans leur permettre de trafics u s u -
raires, à Trévoux même, près de Lyon, où ils reformèrent une com-
munauté. Mais il était plus facile de proscrire les israélites que
 d'extirper l'usure: celle-ci se concentra dans une classe d'hommes
voués, comme la race juive, au commerce de l'argent, chez les
 Lombards, souvent chassés avec elle, et qui reparaissaient sans
 cesse comme elle, dès que la violence s'épuisait. A leur imitation
 et derrière eux, les juifs se glissèrent de nouveau dans le royaume:
 ils revinrent à la dérobée, en dissimulant leur culte, leurs mœurs
 et surtout leurs trésors. On les molesta souvent, on les couvrit
 encore plus de mépris, on leur refusa tout droit à une existence
 commune, à la vie de corporation. Le peuple ne perdit rien de sa
 haine ni de ses préjugés contre eux ; la royauté ne leur accorda
 plus aucun privilège et les laissa vivre sous le régime de l'arbi-
 traire. Mais elle les traita désormais avec une modération relative,
 quoiqu'elle les ait expulsés de Provence en 1498 et 1501 ; elle auto-
 risa même au seizième siècle l'établissement de juifs espagnols et
 portugais dans le midi de la France. Henri II prit ces derniers
 sous sa protection, en août 1550, par un édit qu'Henri III confirma
 en 1574 au grand scandale d'Etienne Pasquier.
   Ils se fixèrent aussi en Alsace, en Lorraine et dans la ville de
Metz ; en Alsace, en vertu du traité de Munster ; en Lorraine, à
la suite d'une déclaration du duc Léopold, du 20 octobre 1721 et
d'un arrêt du conseil d'État du roi Stanislas, du 26 janvier 1753 ;
à Metz, en exécution de lettres-patentes d'Henri IV, données le
20 mars 1603, et confirmées par Louis XIII en 1632, En Alsace,