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29S                   MADAME D'ORGÈVAL

 l'autel et tous deux, durant une longue vie, ne donnèrent
 à leurs vassaux que l'exemple des plus douces vertus.
    Tel est le canevas sur lequel Mme d'Orgeval a brodé
 ses plus charmants motifs. On voit qu'elle aime à parler
 de Bourg et de Belley, de Vongnes et de Chambéry, de
 son beau Rhône et de ses magnifiques montagnes. Ce
 n'est pas elle qui, comme un romancier genevois, met-
 trait Crémieux dans le Bugey, ou, comme le Dictionnaire
 de Géographie de Bescherelles, l'Albarine, notre jolie
 rivière, dans les étangs de la Dombes ; elle a vu, de ses
 propres yeux, vu, et si parfois elle décrit trop rapidement,
 si elle arrête son esquisse avant d'avoir donné le coup
 de pinceau qu'on désirerait encore, du moins nul ne
 dira que son paysage n'est pas ressemblant.
    Le Château de Tallard nous offre plus de dramatique
et un intérêt plus vif encore. L'auteur nous transporte
au règne d'Àmédée VII et nous décrit les Alpes du Dau-
phiné, le Gapençais et ces vallées tourmentées où la vie
est si difficile et si austère et, là aussi, Mme d'Orgeval ne
décrit que ce qu'elle a contemplé et sérieusement étudié.
    Dans Marguerite et Blanche de Bressieuœ, elle con-
tinue à nous offrir les mœurs du moyen-âge et nous
peint la vallée de l'Isère, la plus poétique des contrées,
terre riche, fertile, habitée par une race flère et enca-
drée dans les plus belles des montagnes de notre France,
puis, remontant plus haut, et avec un talent tout viril,
elle nous montre, dans les Trois corps saints, les siècles
primitifs de l'Eglise, la guerre du christianisme contre
l'idolâtrie et le druidisme, les soldats de Rome, les prê-
tres gaulois retirés dans les âpres montagnes de l'Ardè-
che, et les premiers missionnaires chrétiens apportant
la bonne nouvelle et recevant la mort pour couronnement
de leurs vertus.