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L'ABBÉ FERRW 9 Le châtelain du lieu, personnage notable, (1) Fut l'ami de Perrin, le reçut à sa table, S'empressa d'adoucir les rigueurs de l'exil ; Exprimant un espoir, pour la France en péril. Puis le pasteur d'élite exerça, sans mystère, Les saintes fonctions du touchant ministère. Il songeait, néanmoins, dans ce calme séjour, A sa chère patrie, au bonheur du retour ; Et le sort, prolongeant l'implacable tourmente, Augmentait son chagrin d'une cruelle attente. Après deux ans d'absence, il attendait encor, Lorsque vinrent du calme et le neuf thermidor. Robespierre est tombé ; la France enfin respire. Elle a maudit le joug de ce fatal empire, Et planté son drapeau sur des palais sanglants, Prête aux nobles combats, aux sublimes élans ! Sa voix a^fait vibrer tous les échos du monde ; Cris puissants de la paix, autorité féconde ! Ces hommes égarés par un désordre affreux, S'érigèrent alors en juges rigoureux. L'hydre de la terreur, ce monstre inexorable,. Râlait sous les débris d'un pouvoir exécrable ! ! La nouvelle enchanta les pauvres fugitifs, Et chacun du départ fit les préparatifs. Perrin, favorisé par son hôte fidèle, Reçoit un passe-port de tout autre modèle : En qualité de Suisse, il quitte le Valais, Pittoresque pays, aux gracieux chalets. Ce parcours l'enivra d'une joie indicible ; Le destin lui parut être moins inflexible. Arrivé près du pont, il éprouve un effroi : Pourra-t-il bien franchir ce défiant octroi ? Le chef des douaniers comprit le subterfuge : « Vous êtes un Français, vous sortez d'un refuge ; (1) M. Gay, honnête homme et châtelain de l'endroit.