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314 échelle. Etranger à aucune espèce de connaissances, litté- rateur plein de goût, habile mathématicien, physicien remarquable, musicien distingué, économiste, érudit, tout était pour lui sujet d'instruction ou d'observation; il ne lais- sait rien passer sous les yeux de ses disciples sans les initier à quelques connaissances nouvelles;,les récréations mêmes, près de ce maître-modèle, se changeaient, sans qu'on s'en aperçût, en classes infiniment intéressantes. Il s'appliqua surtout, pour former le jugement de ses élèves, à les rendre observateurs de tout ce qu'ils voyaient, lisaient pu enten- daient. Chacun d'eux était tenu d'avoir un album ou espèce de journal sur lequel il analysait ses pensées et enregistrait ses réflexions; et puis, quand le soir était venu, M. de Servan rectifiait les notions qui n'étaient point exactes. Des soins si empressés ne furent point perdus ; la se- mence tomba sur une bonne terre. Cultivées par des mains qui n'étaient pas mercenaires mais vraiment paternelles, crurent et se fortifièrent de jeunes plantes qui n'ont pas moins fait l'honneur de leur maître que la gloire de leur pays. Il suffit de les nommer pour se faire une grande idée de celui qui dirigea leur éducation; le premier fut Sir Campell, jeune anglais, qui conserva un si doux sou- venir de son ancien maître, qu'il fit deux fois le voyage de France pour venir le remercier (1); le second fut M. Ca- (1) Ge fat aai second! voyage de sir Campell à Lyon , où il demeura trois mois pour voir M. de Servan , que celui-ci se cassa la jambe ; ayant voulu ac- compagner son cher disciple jusqu'à la voiture pour lui dire un dernier adieu , il fit un faux pas, essaya de se relever , et retomba aussitôt; on fut obligé d'emporter M. de Servan dans son domicile , qui heureusement n'é- tait pas éloigné. A l'instant même sir Campell descendit de sa chaise de poste, et prolongea son séjour à Lyon jusqu'à l'entier rétablissement de celui qui avait si bien formé son esprit et son cœur.