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    Ce fut à cette époque qu'un prince russe lit offrir à
M. de Servan une rente de vingt mille livres, s'il voulait
venir diriger des manufactures qui s'établissaient sur ses
terres. Notre modeste et généreux réfugié, tendrement
attaché à deux de ses sœurs qui étaient les compagnes
inséparables de son exil , répondit qu'il ne pouvait se
séparer de ce qu'il avait de plus cher au monde. Le prince
moscovite fit de nouvelles instances eu offrant à notre
pieux et savant machiniste un état de maison spécial pour
ses soeurs. M. de Servan se refusa de nouveau à tous ces
avantages, parce que le besoin de rentrer sur le sol de la
patrie ne lui permettait pas de s'éloigner de la frontière
ou du moins de quitter son voisinage, afin de se trouver
prêt au premier signal du retour.
    Dans cet intervalle, M. de Servan donna à l'édu-
cation de trois jeunes gens jetés comme lui sur la terre de
l'exil , le temps qu'il pouvait dérober à ses occupations
favorites. Tour à tour industriel et instituteur, il ne se ren-
dit pas moins estimable dans une partie que dans l'autre.
C'était à ses yeux une grande mission que celle de formel-
le cœur et l'esprit d'un jeune homme... Il savait tout ce que
la religion et la société attendent de celui qui se charge
d'un pareil emploi. Aussi s'en acquitla-t-il, je ne dirai pas
avec conscience, c'est trop peu pour un homme qui a de
 grandes vues et de nobles sentiments, mais avec intelli-
 gence , avec zèle , et presque avec l'ambition de réussir. Il
 avait à cœur de remplir, à la satisfaction des familles hono-
 rables qui lui avaient confié ce qu'elles avaient de plus pré-
cieux, le mandat que le désir de se rendre utile lui avait
 fait accepter. Ses plans pour le développement moral et
 intellectuel des jeunes gens dont il devenait le père et
 l'ami plutôt que le mentor, furent jetés sur une vaste