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213 Ce fut à cette époque qu'un prince russe lit offrir à M. de Servan une rente de vingt mille livres, s'il voulait venir diriger des manufactures qui s'établissaient sur ses terres. Notre modeste et généreux réfugié, tendrement attaché à deux de ses sœurs qui étaient les compagnes inséparables de son exil , répondit qu'il ne pouvait se séparer de ce qu'il avait de plus cher au monde. Le prince moscovite fit de nouvelles instances eu offrant à notre pieux et savant machiniste un état de maison spécial pour ses soeurs. M. de Servan se refusa de nouveau à tous ces avantages, parce que le besoin de rentrer sur le sol de la patrie ne lui permettait pas de s'éloigner de la frontière ou du moins de quitter son voisinage, afin de se trouver prêt au premier signal du retour. Dans cet intervalle, M. de Servan donna à l'édu- cation de trois jeunes gens jetés comme lui sur la terre de l'exil , le temps qu'il pouvait dérober à ses occupations favorites. Tour à tour industriel et instituteur, il ne se ren- dit pas moins estimable dans une partie que dans l'autre. C'était à ses yeux une grande mission que celle de formel- le cœur et l'esprit d'un jeune homme... Il savait tout ce que la religion et la société attendent de celui qui se charge d'un pareil emploi. Aussi s'en acquitla-t-il, je ne dirai pas avec conscience, c'est trop peu pour un homme qui a de grandes vues et de nobles sentiments, mais avec intelli- gence , avec zèle , et presque avec l'ambition de réussir. Il avait à cœur de remplir, à la satisfaction des familles hono- rables qui lui avaient confié ce qu'elles avaient de plus pré- cieux, le mandat que le désir de se rendre utile lui avait fait accepter. Ses plans pour le développement moral et intellectuel des jeunes gens dont il devenait le père et l'ami plutôt que le mentor, furent jetés sur une vaste