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la mémoire plutôt que dans le cœur, un amour imité ou
traduit dont l'expression banale ou forcée ne répond à
rien de réel et de senti. Jeune enfant, que pouvait-il, en
de telles poésies , exprimer que de factice ? que pouvait-
il étaler que des fleurs artificielles, ternes, sans odeur et
attendant vainement de la rosée du matin leur fraîcheur
et leur éclat de la journée. Sans doute, il s'était fait
une maîtresse poétique ; non de celles que l'on rêve alors
que l'imagination et les sens reçoivent ensemble le pre-
mier éveil ; non de ces apparitions légères comme le songe
qui les apporte; mais un vain fantôme, prétexte plutôt
que sujet de ses vers et en tout semblable aux Eglés, aux
Chloris du dix-huitième siècle.
   Toutefois, ses contemporains, qui n'en jugèrent pas
ainsi, lui prodiguèrent leur admiration, et le jeune litté-
rateur put éprouver que ce sentiment, le seul qu'il ins-
pira , écartait tous les autres sans en combler le vide.
Bien souvent son ame, où l'orgueil reposait saturé de
louanges, s'ouvrit à des impressions plus douces, à des
besoins de sympathie et d'expansion • impatient d'épan-
cher au dehors sa puissance d'aimer, il voulut bien sou-
vent dépenser dans une bonne et sainte amitié cette fa-
culté inactive et latente. Mais où placer dignement cette
amitié dont chacun semble se défendre? Doit-il l'offrir à
un enfant, lui, dont l'enfance si courte n'occupa qu'un,
instant dans sa vie? Et l'âge plus avancé n'a-t-il pas d'au-
tres plaisirs que ceux de l'étude, d'autres rêves que ceux
de la pdoire littéraire? Ensuite, Tic de la Mirandole n'a-
vait pas la taille d'un homme , mais seulement l'esprit et
la science, et cette différence toute physique, j'ai honte
de le dire , suffit à neutraliser une pente naturelle, tant
l'amitié s'effarouche de la moindre inégalité ! l'amour