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312 Sa voix, sans nul frein , Epanchait son ame ; Alors on doutait Si ce chant était Ou d'ange ou de femme. Quand il finissait, Elle frémissait, Comme poursuivie Plus amèrement De l'affreux tourment De sa triste vie. La nuit elle aimait Courir au sommet De la roche grise, Et fouler le thym D'un pas incertain, Comme court la brise. Ce qu'elle faisait, Et ce que disait Sa voix comprimée, Ont fait croire à tous Que d'amour bien doux Elle fut aimée. Mais aucun ne sait Ce qui la forçait D'errer, solitaire, On ne sait qu'au ciel Le chagrin cruel Qu'elle a voulu taire. Voilà bien long-temps, Que, en cheveux flottans, Cette jeune fille Passa tout le long De notre vallon , Pauvre et sans famille. Et nul ne sait mieux Comment, de quels lieux,