Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
                                   — 73 —
pour la terre, fief du Christ, elle est « un rempart, un soutien », et l'univers a
les yeux fixés sur elle, confiant en sa bonté pour le guider sur le chemin du
Paradis perdu. Et, dans une dernière strophe, où Romanos atteint sans
peine au vrai lyrisme, Marie supplie le Christ de sauver le monde : c'est là
sa mission, à lui confiée par le Dieu Tout Puissant, son père. Puis, apercevant
de nouveau les cadeaux des mages, la «Mère Consolatrice» des hommes,
s'efface devant la mère du nourrisson, étendu sous ses yeux, et, dans un
dernier cri, elle appelle pour la première fois le Christ son «fils», et songe
que tous ces cadeaux lui seront utiles car elle voit déjà, en une vision pro-
phétique et douloureuse, sa fuite apeurée en Egypte, avec son fils dans ses
bras.
      Tel est, en quelques mots, l'Hymne de Noël dont la lecture, malgré
certaines subtilités théologiques et quelques souvenirs bibliques parfois un
peu nombreux, montrera mieux encore les rares qualités du poète et de
l'artiste en Romanos. Elle permettra surtout de comprendre pourquoi
chaque année, jusqu'au xn e siècle, la nuit de Noël, un double chœur le
chantait à Sainte-Sophie et à l'église des Saints-Apôtres, et pourquoi on
a pu appeler son auteur le « prince des mélodes » et « le Pindare de la poésie
rythmique ».
                                      II

     HYMNE DE NOËL DE SAINT ROMAIN LE MÉLODE

      La Vierge, aujourd'hui, met au monde celui qui est au-dessus de toute
substance, et la terre approche la grotte de celui dont on ne peut approcher.
Les anges et les bergers chantent la gloire de Dieu, et les mages, guidés par
l'étoile, font route. Pour notre salut, est né un tout petit enfant, de toute
éternité Dieu.
                                       i

     Bethléem a ouvert l'Eden, allons voir. Le bonheur, nous l'avons trouvé
dans une cachette, allons prendre les biens du Paradis, à l'intérieur de la
grotte. Là est apparue la racine de l'arbre d'expiation, où fleurit la Rédemp-
tion ; là vient d'être découvert un puits profond, où David, jadis, désira