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que les autres I. Lyon avait grandi, mais manquait encore d'espace, d'air et
de lumière, et cette situation tenait en grande partie à ce que les couvents et
les églises étaient demeurés intacts, à travers les démolitions et les recons-
tructions de la Renaissance, derrière les murailles immuablement closes du
moyen âge. Un nouveau progrès eut lieu à la faveur de plusieurs événements
qui ne laissent pas d'être fort curieux par leur diversité même.
Le premier en date de ces événements, et à coup sûr le principal, c'est
l'occupation de la ville, du mois de mai 1562 au mois de juin 1563 par les
protestants du baron des Adrets. Cette occupation, fatale au point de vue
artistique, puisqu'elle aboutit notamment à la destruction des églises
Saint-Irénée et Saint-Just et à la mutilation de la façade de Saint-Jean,
eut en effet d'autres résultats. Le baron des Adrets, dont les troupes étaient
peu nombreuses, se préoccupait d'assurer sa sécurité. Prétextant les lettres
royales de Henri II, Charles IX et Henri III, qui invitaient les villes à ériger
en places publiques les terrains situés devant l'entrée des couvents et des
églises, et celles qui enjoignaient aux Lyonnais d'entreprendre les travaux
nécessaires à la défense de leur ville « malgré toute opposition et sous la
seule réserve de l'indemnité due aux propriétaires », il ordonna de grands
travaux publics, conçus dans un but stratégique, mais qui exercèrent sur la
topographie de Lyon une féconde influence. Pour avoir une place d'armes
commode, il s'installa à la lisière du Bourg Chanin, dans un ancien verger
marécageux de l'abbaye d'Ainay, assainit le sol et créa ainsi une place qui
est l'origine de la place Bellecour. Pour mettre cette place en relation directe
avec le pont du Rhône par où se faisaient ses communications avec le Dau-
phiné et avec la place Confort où était son artillerie, il ouvrit d'une part la
rue du Pont-du-Rhône qui s'appellera plus tard rue de la Barre, et la rue
Bellecordière, d'autre part la rue Saint-Dominique (aujourd'hui rue Emile-
Zola). Pour permettre à ses patrouilles de « venir de corps de garde en corps
de garde » et diminuer le péril des embuscades, il supprima des cimetières,
dégagea les abords de Saint-Nizier, fit percer à travers les jardins de l'ab-
baye de Saint-Pierre, dans le prolongement de la rue Malconseil, la rue de
1. Pour prendre un exemple, la place du Change, qui fut longtemps la plus spacieuse de Lyon, mesurait
24 m. de longueur sur 11 m. de largeur (Vermorel, Historique des rues de la ville de Lyon (quartier Saint-Paul);
p. 3).