page suivante »
SOUVENIRS — 1813-1814-1815 411 cavaliers auxquels l'habit noir, ceint d'une écharpe bleue frangée d'argent pareille au dais, seyait à merveille. A quatre heures, par une douce température d'été, la fille de Louis XVI était reçue aux portes de Lyon par toutes les autorités, anxieuses d'effacer les souvenirs pénibles qui pourraient assombrir son esprit. L'entrevue fut pathétique. Elle l'eût été davantage si la princesse eût montré plus d'effusion. Mais ce don lui manquait. Ses traits prononcés et masculins, sa voix dure, lui prêtaient un air de sécheresse qui n'attirait pas. Mme de Sèrant était à ses côtés. Nous étant approchés avec notre immense parasol, elle parut comme effrayée de notre intention et n'y donna aucun encoura- gement. Le dais fut donc mis de côté. Nous conservâmes pourtant le privilège d'entourer sa calèche et de l'escorter ainsi jusqu'à l'Archevêché, où elle devait loger. Les cloches sonnaient. Le canon grondait. Sur tout le tracé du passage, une foule "énorme, des cris : Vivent les Bourbons! vive la Religion! vive l'auguste fille de l'infortuné Louis XVI! surtout proférés par des femmes, parmi lesquelles se disséminaient des prêtres en soutane. A l'archevêché, les dames les plus notables de la ville l'atten- daient. Aucun témoignage flatteur ne lui manqua. Pendant les jours consacrés à Lyon par la princesse, dn se mit en frais, sinon pour l'amuser, car elle n'était guère amusable, du moins pour remplir son temps et faire acte d'amour et de respect. Une magnifique fête s'organisa dans l'enceinte et sous les larges galeries de l'ancien cloître des dames de Saint-Pierre. Au centre de ces galeries, en face de la principale entrée, un trône surmonté de l'oriflamme et des armes de France, fut la place qu'elle occupa. L'aspect des dames lyonnaises, presque toutes en blanc, parées de diamants et de fleurs, donnaient un noble démenti à la teinte enfumée des rues sombres de notre cité. L'affluence était considé rable et comptait tout ce que Lyon renfermait de personnes mar- quantes. Des cantates furent chantées, puis un goûter servi. Tel fut le délire d'un des chevaliers du Dais, qu'au moment où Madame se levait de table, on le vit sauter sur la pelure de la pêche qu'elle avait mangée, pour la sucer dans une ravissante extase ! Semblable trait de courtisan mérite d'être cité. On le comprendrait de la part