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                         W.-G. B O N A P A R T E - W Y S E                          385
  Mistral se leva, et de sa voix vibrante, il psalmodia sur la musique du comte
de Semenow le chant de l'étoile de William Bonaparte- Wyse :

                        Santo Estello, très fes bello
                        Resplendento Santo Estello... ' .

  Et chacun se sépara; la fête de l'Etoile était achevée. Le felibrige inaugurai
son nouveau régime : aucun des assistants ne devait oublier dans la suite les im-
pressions profondes de la cérémonie d'Avignon.
   Il y a quelques années, M. W y s e ressuscitait encore en Avignon, l'ancienne et
joyeuse confrérie des Arquins. C'étaient les turbulents amis de Bellaud de la Bel-
laudière Nous devons à cette idée le Cant de tienne de Beïlatidon, poème qui
porte la date de décembre 1879. Une légende pieuse de la fin du seizième siècle,
rapportant que Bellaud avait présagé poétiquement sa mort, M. W y s e met
dans la bouche du poète une espèce de songe où l'avenir est entrevu, l'avenir
 des félibres! et le termine de façon:

                   Que lou bèu darrié mot de soun valent délire
                            Ero : arri ! lengo d'or !

   C'est un beau fleuve de poésie qui n'a qu'un tort à nos yeux, celui de parfois trop
s'étendre et de manquer de profondeur. Il nous faut signaler encore les Sept
ballades des félibres, imitées de Villon, et dont la plainte des dames aux yeux
étoiles « qui tissèrent de si beaux livres » à la fine mélancolie du poète gaulois, avec
une note plus chaude. Mais, à ce propos, citons aussi en terminant « La der-
nière victoire du roy Loys le huitième, « c'est le trouvère Perdigonnet qui chante
auprès du roy son fils, » aventure étrange dont la gauloiserie sans consé-
quence est très heureusement voilée par l'artifice de l'auteur.
   On a écrit que chez M. W y s e l'homme était aussi intéressant à étudier que
l'écrivain. Rien n'est plus vrai. Une profonde amitié l'unit àMistral. Et nous dirons
encore : Il faut avoir l'étoile au front pour sentir le génie comme Bonaparte-
Wyse. Banville a écrit quelque part, de Victor Hugo, peut-être dans son traité
de poésie: on est poète (je cite de mémoire) en raison directe de l'intensité avec
laquelle on admire et on comprend ses œuvres titaniques. Nous dirons de même
en parlant de Mistral : on peut juger de la valeur artistique d'un individu par son
admiration pour cette poésie sereine. L'illustre amitié de M. Bonaparte-Wyse
n'est pas née seulement de son admiration. Son grand cœur, son grand caractère
ont fait de lui l'ami des esprits élevés, le refuge des infortunes. C'est lui qui
 envoyait l'adhésion suivante à une félibrée à laquelle il ne pouvait prendre part :

                Absent, brinde is absent, i mort, is oublida
                Absent, bois-je aux absents, aux morts, aux oubliés.

  Hélas! aux oubliés, mais ceux-là ont encore la consolation du passé, que les
méconnus ne sont pas sûrs d'avoir jamais... De là vient la mélancolie de ce vers


   -Estellod8nsHP«ado(Plymouth I.Keys, AvignonRoumanille).
         NOVEMRHE 1882. — T. IV.                                             25