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                  LKS J U I F S SOUS L ' A N C I E N R É G I M E                   87

 gneurs. En même temps, on les distinguait des chrétiens par des
 marques apparentes, qu'avaient prescrites les conciles de Latran,
 en 1215, de Narbonne, en 1227, de Béziers, en 1246, d'Albi, en
 1254 '. Les ordonnances d'Alphonse de Poitiers, en 1269, de Phi-
 lippe le Bel, en 1282 et 1283, leur enjoignaient, sous peine de dix
 livres d'amende et de la confiscation de leurs vêtements, de porter
 sur leurs habits, par devant et par derrière, une roue jaune de
 quatre doigts de circonférence 2.
    Combien de fois furent-ils tour à tour bannis, puis rappelés,
 chassés pour être dépouillés et réadmis encore? On ne saurait
 presque le dire. La première mesure générale qui les contraignit à
 sortir du royaume paraît avoir été un édit d'avril 1182, qui leur
accordait trois mois pour passer les frontières et les autorisait à
vendre leurs meubles, mais en prononçant la confiscation de leurs
immeubles3. Philippe-Auguste fit rigoureusement exécuter cet édit,
malgré la résistance de ses principaux officiers qui soutenaient
ouvertement les juifs et s'appropria tous leurs biens-fonds. Il
agissait à leur égard comme à l'égard de véritables serfs ; en effet,
c'étaient des hommes de mainmorte, puisque le prince recueillait
leurs héritages à la sortie de la terre française, et qu'à leur mort
les seigneurs prétendaient leur succéder. On en vint même, tou-
jours par application du même principe, et en vertu d'un droit
d'amortissement, à confisquer leurs biens lorsqu'ils devenaient
marrants, c'est-à-dire embrassaient le christianisme, parce que
cette conversion privait le baron de son droit à'échute; nous
connaissons cet usage par l'édit qui l'abroge le 4 avril 13924.
    Proscrits en 1182, les israélites sont rappelés en 1206, et, grâce
à de lourds sacrifices pécuniaires, obtiennent ce qu'on appelait un
établissement, siabilimentum, c'est-à-dire une sorte de charte
qui règle leurs rapports avec les chrétiens. On y lit, entre autres

  i Boutillier, Somme rurale, liv. II, tit. 12.
   2
     Isambert, Anciennes lois françaises, t. I, p. 344 ; Doat, t. XXXVII, fol. V5
et 97; Dom Vaissète, Histoire du Languedoc, t. III, 365, 452, 481. "V. aussi l'édit
du 21 oct. 1363, les Statuts Massiliensa, cités par Du Cange, Glossaire, v* Judxi,
et Boutaric, Saint Louis et Alphonse de Poitiers.
   3
     En 1096, Philippe I« avait déjà chassé les juifs de ses domaines seulement.
     V. aus.=i l'édit du 25 avril 1363 (Livre rouge du Ohâtelet de Paris). Jacques II
abrogea également cet usage en Aragon.