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LES CHAMBRES DE M E R V E I L L E S 39 rédemption des captifs que de l'étude de l'épigraphie romaine. Toutefois la sollicitude de Pierre Sala et du président Bellièvre sauva momentanément plus d'un monument d'une perte cer- taine, et facilita singulièrement les études et les publications de l'époque1. Mais quels étaientles monuments de l'antiquité romaine dont les ruines et les débris émurent alors si profondément les savants et les curieux? Aucun écrivain ancien n'en a dressé la liste. Les historiens du moyen âge, pleins de dédain pour l'époque romaine, les ont à peine cités. On est donc réduit aujourd'hui à de pures conjectures sur leur nombre, leur destination, leur importance et leur beauté. Du reste, voici comment s'est exprimé à cet égard, dans une récente conférence faite à Vienne, en Autriche, le sa- vant docteur Otto Hirchsfeld2, professeur à l'Université impé- 1 Lyon n'a pas possédé de Musée avant la Révolution. Le Consulat s'était borné à recueillir seulement, en fait d'objets d'art, la Table de Claude, en 1528; une jambe de bronze, en 1764 ; et à créer, en même temps que la Bibliothèque publique de l'hôtel Pléchères, un médâillier à l'Hôtel de Ville. Mais les nombreux et importants monu" ments d'épigraphie ancienne qu'on rencontrait dans toutes les rues et les places, n'avaient jamais éveillé sa sollicitude, et jamais même sa bourse n'était venue au secours des particuliers tels que les Bellièvre, les de Langes, les Scève, les Choul, les Pianello de Lavalette pour les aider à les recuillir. Il n'avait jamais songé non plus à acquérir les objets d'art si multiples en or, en argent ou en bronze que chaque fouille amenait au jour. Il n'avait même pas pensé à subventionner les Jésuites pour concourir avec eux à la formation ou à l'accroissement de leur riche cabinet d'antiquités. 2 M. Otto Hirschfeld est venu deux fois à Lyon pour relever les inscriptions romaines que la ville possède encore. J'ai eu l'avantage de lui être présenté, lors de son second voyage, par le savant M. Allmer, conservateur du Musée des antiques, correspondant de l'Institut, dont M. Hirschfeld apprécie tant le grand savoir. Quel que soit le mérite de cet éminent professeur, n'est-il pas à regretter que ce ne soient pas des Français, mais des Prussiens, qui se soient chargés de publier l'épi- graphie romaine des Gaules ? M. Rénier, de l'Institut, avait promis son concours à l'entreprise du gouvernement prussien, mais son patriotisme, depuis la guerre, lui a défendu de coopérer à cette grande œuvre. Il est arrivé aussi, ces années dernières, que les Prussiens nous ont devancé dans la publication du magnifique tombeau à figures en relief d'un décurion, découvert à la Guillotière peu de temps avant la guerre. En 1874, M. le docteur Matz, professeur d'archéologie à l'Université de Berlin, fut chargé par son gouvernement de dessiner ce tombeau et de relever son inscription qui gisait dans une cour d'usine, rue de Mar- seille, au lieu d'avoir été acquis pour le Musée par son conservateur, M. Martin Daus- signy.Mais une pitoyable question d'amour-propre l'avait empêché de le faire. Ilavait été vexé de ce que M. Allmer s'était empressé de publier dans les journaux l'inscription de ce tombeau, et, de dépit, il s'était refusé de rien faire pour sa conservation, quoiqu'il fût alors complet. Dès que j'eus connaissance, par M. l'avocat Brouchoux, de