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23'l MADEMOISELLE DE MAGLAND.
et son plus beau privilège est de grandir dans la souffrance. Il y ,t
dans les tourments subits pour lui la consolation du martyre ; on
souffre, mais on veut souffrir. Saint baptême de larmes qui le pu-
rifle et l'élève à Dieu par la douleur! N'ayant pu mourir de sa dou-
leur, Marie en vivra; elle s'est trompée, mais son erreur c'est Raoul,
ce n'est pas l'amour.
Voilà donc comment les passions nobles et grandes que Dieu a
mises dans le cœur de l'homme pour son bonheur, deviennent un
poison moral qui épargne à leurs victimes le crime d'un suicide !
On rêve des poèmes enchantés, des tendresses ineffables, des bon-
heurs sans fin, et, indigné de n'avoir pu les rencontrer, brisé de sa
chute, on ferme son cœur avec mépris aux joies tranquilles, aux
biens modestes que l'avenir peut encore offrir. Les passions !
quel bonheur amer elles donnent, et quelles plaies elles laissent au
cœur! Pour ceux qui ont épuisé ce calice, la vie n'a plus de breu-
vage, si malfaisant qu'il soit, qu'ils ne puissent goûter impuné-
ment.
Remercions la Providence, mon ami, qui nous a préservés de ces
aspirations tumultueuses, de ces folles exaltations de l'ame qui de
mandent à la vie des trésors qui ne sont point en elle. Dans le
milieu calme et serein où Dieu a marqué notre place, la passion
s'est revêtue de la forme tranquille des devoirs et du dévouement,
et là seulement est le bonheur... si le bonheur existe ici-bas!...
SARA O'KENNELY.
M'ie j A N E DUBD1SSON.
VIN.