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216 DE LA CHUTE DE L'HOMME
tance : aliment qu'on appelle grâce en tant qu'il vient de
Dieu, et qu'on appelle liberté morale en tant qu'il est pris par
l'homme. De même, l'existence est un don en tant qu'elle
vient de Dieu, et nous l'appelons notre vie en tant que nous
nous en servons. Il ne faut pas confondre la liberté en tant
que grâce et la grâce en tant que liberté ; en confondant la
grâce et la liberté, on détruit la grâce par la liberté et la li-
berté par la grâce.
La liberté morale n'est que la grâce fournie à l'homme ; de-
mander la grâce, c'est attirer la liberté. La grâce est la substance
que s'assimile l'ame ; la liberté, c'est la grâce assimilée à la
nature humaine. Comme les forces musculaires se puisent dans
les aliments et ne sont réellement nôtres que lorsque ceux-ci
ont quitté leur nature pour tomber sous notre propre assimi-
lation ; de même, la grâce comme lumière, comme délecta-
tion et comme force, ne fait partie de nous-mêmes que lors-
qu'attirée dans le désir, jointe à nous dans la coopération, et
rendue nous dans nos actions, nous nous sommes assimilé la
première par la raison, la seconde par le cœur, et la troisième
par la volonté.
Lorsque les aliments se transforment en nos propres or-
ganes, cette incorporation se fait d'une manière si délicate
que nous ne nous en apercevons pas ; comment, lorsque s'o-
père en nous la transsubstantiation de la substance divine,
cette nutrification spirituelle ferait - elle plus de bruit !
« Cette grâce, dit saint Augustin, se répand avec une telle
douceur qu'on ne s'en aperçoit point ; elle infiltre la charité,
une satisfaction dans la justice, et un amour pour le bien
qui part du fond môme du cœur. »
L'homme ne voit point par sa lumière, il n'est point juste
par sa justice; mais il voit par la raison impersonnelle, et il est
juste par la justice absolue. Néanmoins, il est bien lui quand
il est juste, puisqu'il n'est juste que quand il a voulu recevoir