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2-20 MADEMOISELLE 1)K MAGLAND. mérité, mais pénétrée de la religion de l'amour, les tortures du raar tyre ne lui ont pas arraché l'abjuration de ses croyances ; elle mourra sans l'outrager ni le maudire, convaincue qu'en dehors de l'amour il n'est point de bonheur ici-bas. Marie a un de ces cœurs prêts de bonne heure à la souffrance et qui ne peuvent y échapper. Qu'il fain avoir peu d'orgueil pour croire qu'on peut trouver dans ce mondi' un écho de soi-même ! Raoul lui-même aurait-il réalisé ses rêves ? hélas ! vous allez le voir ; vous serez épouvanté du changement opéré dans cette belle nature sous l'influence de son fatal ma- riage. La puissance envahissante que les femmes do la sorte d'Alix exercent toujours sur les hommes, même les plus supérieurs, con- duit aussi promptement à la dégradation morale que l'abus des pas sions les plus ignobles. Ses regrets de la perte de Marie se sout amortis sous l'action de cette femme ignorante et sotte, pour qui les sciences et les arts sont un objet de dérision ; il a abandonné ses études, ses travaux, et dissipe dans un repos énervant tous les jours d'une vie manquée. Entraîné par l'exemple, et dominé pardesexi gences de tous les instants, il a renoncé à tout devoir de société et à toutes les habitudes de la vie élégante ; d'une nature douce et timide, il n'a pas même essayé de se soustraire au joug qu'on lui attachait sans trop le blesser. Dans son apathie profonde, il ne sent pas son néant, il prend sa léthargie pour du bonheur. — Ce qui montre, surtout, jusqu'où va le pouvoir que sa femme exerce sur lui, dit M. O'Kennely, c'est qu'il a renoncé à notre vieille amitié ; nous ne le voyons plus. J'ai l'orgueil de croire que cette concession lui a coûté, car Raoul nous aimait. Les efforts qu'il a faits auprès de sa mère pour qu'elle consentît à son union avec Marie ont été le dernier mot de son énergie ; il est redevenu ce qu'il est réellement, un homme doux , faible et sans volonté ; il n'a fait que changer de maître ; autrefois c'était sa mère, aujourd'hui c'est sa femme. Le lendemain je m'acheminai vers le Genêt, dont je n'appro- chais pas sans une certaine émotion ; le coin de terre qui rappelle des êtres aimés en dit plus à notre ame que tous les monuments consa- crés par l'histoire. Mais, hélas ! combien ces beaux lieux étaient changés! la barrière de l'avenue, autrefois ouverte à tout venant, était gardée par un vieux concierge refrogné qui eut grand peine