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composa dans un âge plus avancé, sont politiques ou philoso-
phiques. Il n'en a point laissé sur un sujet littéraire, mais
n'ayons pas de regret ; elles n'eussent pas été moins ridicules
que toutes les autres, puisqu'il disait de Pindare :
                Sors du tombeau, divin Pindare,
                Toi qui célébras autrefois
                Les chevaux de quelques bourgeois
                Ou de Corinthe ou de Mégare;
                Toi qui possédas le talent
                De parler beaucoup sans rien dire : (1)
                Toi qui modulas savamment
                Des vers que personne n'entend
                Et qu'il faut toujours qu'on admire.

   Avec Louis Racine, l'ode du dix-huitième siècle est religieuse
en même temps que littéraire. Malheureusement le fils n'a
hérité que du nom de son père, dont le talent et le génie sont
ensevelis tout entiers dans la tombe. Son ode à l'Harmonie
n'est qu'une pâle et rapide esquisse de la poésie, ou plutôt
une histoire par allusions des chefs-d'œuvre de la littérature
ancienne et française. Le sentiment chrétien l'anime bien peu
dans son ode sur la mort du roi de Babylone ; sa muse y reste
froide, elle y rampe terre à terre, malgré une ou deux
réminiscences trop peu voilées des beaux mouvements poéti-
ques d'Esther et d'Alhalie. Jamais nous n'avons pu réfléchir
sans une tristesse profonde sur cette décadence du génie du
père au fils.
   Toujours monotone et insignifiante depuis J. B. Rousseau,
la poésie lyrique en France va cependant se relever un peu,
avec deux poètes à qui on ne peut pas refuser une certaine
élévation de pensées, une certaine harmonie dans l'expression,
Lefranc de Pompignan et Lebrun.

  (i) Plût à Dieu que Voltaire eût eu le même talent.