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retrouve à l'origine de toute société humaine. Mais la muse
lyrique abaisse bientôt son vol et ne larde pas à descendre de
ces régions élevées. Consacrée d'abord à Dieu, la lyre l'est en-
suite à l'humanité. Ce n'est plus alors l'hymne sacré avec ses
élans divins, et ses extases qui transportent le poète hors du
monde terrestre, et l'entraînent par de là le temps et l'espace ;
c'est l'ode harmonieuse, pompeuse, avec ses jeux d'imagination
et son habile délire, servant à chanter les passions ou les ver-
tus des hommes. Ce n'est plus David, exhalant en accords mé-
lodieux ces immenses désirs qui le portent à se plonger dans le
sein de l'Infini. C'est Pindare, célébrant avec l'ardeur du pa-
triotisme les cérémonies religieuses et nationales de sa patrie;
Sapho, inspirée et ne pouvant plus maîtriser ses transports ;
Anacréon, la tête couronnée de roses, chantant l'amour et le
plaisir ; Horace, enfin, applaudissant aux éclatants triomphes
d'Auguste, deDrususet de Tibère.
Considérée sous toutes les formes différentes qu'elle affecte,
à l'origine des sociétés aussi bien qu'à des époques reculées, la
poésie lyrique a des droits nombreux aux hommages des hom-
mes instruits. C'est elle qui entretient dans notre ame ou qui,
au besoin, y fait naître les sentiments les plus exaltés ou les
plus touchants ; c'est elle qui nous émeut, qui nous anime par
les plus puissants effets d'harmonie. Aussi, quels que soient
les obstacles qu'ait opposés à sa gloire le scepticisme ou la
sécheresse du cœur chez les différents peuples, elle n'est pas
morte, pas plus que toute autre poésie. Elle vivra, et vivra glo-
rieusement tant que l'humanité subsistera sur la terre. Ce qui
la caractérise, c'est une inspiration soudaine, c'est l'enthou-
siasme qui ébranle notre ame, c'est l'imagination, c'est l'har-
monie : toutes choses dont le sentiment ne disparaîtra jamais
complètement du cœur de l'homme.
La poésie lyrique, ou plutôt le genre lyrique, est donc en-
core aujourd'hui le premier de tous les genres de poésie. Il a