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 perd une partie de sa puissance ; l'état concret est sa mani-
festation la plus naturelle et la plus attrayante. Elle s'incarne
vivante dans une œuvre dont elle est l'ame, et répand sur la
forme, qui la rend sensible en la limitant, quelque chose du
Vague de l'esprit et du charme de l'invisible.
   C'est ainsi que l'auteur de Psyché a toujours compris la poé-
sie, et qu'il s'est efforcé de la reproduire dans ses œuvres. Nos
lecteurs se souviennent d'une méditation sur Platon où l'auteur
s'écriait, en s'adressant à la grande musc des temps anciens :
             La lumière et l'amour ruisselaient, ô Déesse,
             Sur ta chaste poitrine en un même ruisseau,
             Et l'homme, entre tes bras, buvait avec ivresse
             Le breuvage du vrai dans la coupe du beau.

    Le breuvage du vrai dans la coupe du beau, voilà la poé-
sie dans sa plus haute expression ! Ainsi, dans le poème de
Psyché, dans cette coupe antique, couverte de sculptures grec-
ques, et illuminée par un reflet du ciel de l'Attique, nous devons
retrouver l'idée, comme le nectar débordant sans cesse du vase
toujours rempli d'Hèbé.
    Saint-Paul a dit que le monde visible était un symbole des
 choses cachées -, il en est de môme de la poésie ; seulement
il faut bien se garder de confondre le symbole avec l'al-
légorie ; autant l'une est froide et superficielle, autant l'au-
tre a de profondeur et de vie. L'allégorie est un voile de
convention qui, le plus souvent, ne fait que défigurer
l'idée qu'elle couvre, ou la surcharger d'un ornement inutile ;
le symbole est le corps même de l'idée, sans lequel elle ne
pourrait se manifester dans toute sa virtualité et sa puissance.
L'allégorie, pour être comprise, a toujours besoin d'une expli-
plication officieuse, car étant arbitraire de sa nature, elle ne
saurait révéler de prime abord la pensée sur laquelle elle a
été étendue après coup et froidement ; le symbole, au con-
 traire, révèle par lui-même l'esprit qui le vivifie, car il est in-