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477 Je vays , je viens çà et là tout pensif, Ronflant de dueil, comme vray cheval poulsif : Et me despite en moy-même trop plus , Que quand je fus à l'autre fois reclus, Tant aux prisons de Paris qu'à Lyon, Carj'ignoroisalors ungmillion De bien bons tours , qu'on apprend en peu d'heure , Si aux prisons quelque temps on demeure. Mon naturel est d'apprendre tousiours.... De le gaigner prins résolution, Et auec art et bonne fiction, le preschai tant le concierge (bon homme) Qu'il fat conclud (pour vous le dire en somme), Qu'ung beau matin irions en ma maison Pour du muscat ( qui estoit en saison ) Boire à pleins fonds, et prendre aulcuns papiers, Et recepvoir aussi quelques deniers, Qu'on me debuoit, mais que rendre on vouloit Entre les mains de Monsieur, s'il alloit A. la maison et non point aultremenl Cela promis, le lendemain fut faict: Et dès le soir fait venir (en effect) Quelques sergens, qui auec nous soupparent. Et le matin aux prisons se trouvarent, Pensez comme je dormis ceste nuict, Et quel repos j'auois, ou quel déduict. L'heure venue, au matin sur la brune, Tout droictemeut au coucher de la lune, Nous nous partons, cheminants deux à deux; Et quand à moy, i'estois au milieu d'eulx ; Comme une espouse, ou bien comme un espoux , Contrefaisant lemarmiteux, le doulx, Doulx comme ung chien couchant, ou ung regnart, Qui jette l'œil ça et là à l'escart, Pour se sauluer des mastins qui le suyuent, Et pour le rendre à la mort le poursuyuent. Nous passons l'eaue, et venons à la porte De ma maison, laquelle se rapporte Dessus la Saosne; et là venuz que fusmes,