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pleinement l'influence de son temps : le quatorzième siè-
cle fut celui du génie; le quinzième, celui de l'érudition.
Le latin était la langue écrite. Ou ne savait guère de grec,
mais on l'apprenait3 on l'apprenait de ces savants accourus
de Constantinople, emportant, dans leur fuite, non leurs
dieux pénates ou les statues de leurs grands hommes,
mais leurs ouvrages qu'ils enseignaient à l'Italie. Cette in-
vasion grecque et latine, par un effet doublement funeste,
arrêta le développement de la langue nationale et ralentit,
au moyen de ces distractions savantes, le mouvement des
esprits. Dante, Pétrarque, Bocace et tant d'autres moins
célèbres, en même temps qu'ils créaient la langue, prépa-
raient de loin la réforme; ils pressentaient Luther et com-
prenaient Wiclef; les premiers, ils avaient attaqué par
l'invective et le ridicule les scandales de Rome, ils avaient
flétri la simonie avant que Luther n'eut prêché contre les
indulgences.
   Ainsi tout ce qu'il y ade nouveau dans le monde, jeunes
langues, jeunes idées, pensées et expressions, s'appellent,
se répondent, s'unissent pour le progrès. Le latin et le
grec ne pouvaient que l'arrêter. Cependant, au milieu de
cet engouement général, quelques hommes d'un esprit et
d'un talent supérieur, entr'autres Politien, Pulci, Laurent
 de Médicis, Bembo, Benivieni, s'efforçaient de ranimer
par leurs ouvrages le goût de la langue italienne, de cette
langue j e u n e , vigoureuse et encore un peu sauvage.
Pendant qu'elle était à son époque de croissance, qu'elle
grandissait chaque jour, poussant de nouvelles branches,
séparant de nouvelles fleurs, ils veillaient à la préserver
de tout germe apporté d'outre-mer. La moisson se pré-
parait si belle ! ils voulaient la garantir de l'ivraie, des
importations de mots, des néologismes savants, des alliances