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          SUR LE POUVOIR TEMPOREL DE LA PAPAUTÉ.                    51
guère à la Papauté, de ses anciennes et nombreuses possessions,
que Rome et son duché. Encore son autorité y était-elle faible
et dépendante, depuis que les monarques germains y avaient mis
le pied. Le reste avait passé en des mains étrangères. Grégoire
en était réduit à chercher des alliés. 11 en trouva d'abord un
puissant dans le victorieux Robert Guiscard, le successeur de
aventuriers normands qui avaient conquis le royaume de Naples.
Plus tard, la Providence lui en offrit un autre non moins puis-
sant, mais plus sûr et plus désintéressé, daus la célèbre com-
tesse Mathilde, cette héroïne dont la gloire a laissé une trace si
 brillante dans l'histoire du XIe siècle. Fille de Boniface, marquis
 de Toscane, elle avait hérité des états de son père. Ces états
 renfermaient la Toscane, Mantoue, Reggio, Parme, Plaisance,
 Ferrare, Modène, Vérone, une partie de l'Ombrie, le duché de
 Spolète, le patrimoine de saint Pierre depuis Viterbe jusqu'à
 Orviéto, avec une portion de la Marche d'Ancône. À cette puis-
 sance, Mathilde joignait une capacité guerrière et administrative,
 une suite de desseins, une hauteur de caractère rares chez les
 personnes de son sexe, une piété supérieure à tous ces talents.
 Grégoire sut s'emparer de cette princesse, la fit entrer dans
 ses vues, la pénétra de son esprit et lui inspira un tel dévouement
 pour l'Eglise romaine, qu'il l'amena à céder, en 1077, à cette
 Eglise, la Ligurie et la Toscane, cession qui devait être suivie plus
 tard d'une donation pleine et entière de tous ses états (1).
   Le règne de Grégoire Vil dépassa à peine douze années^ et
pourtant il occupe une place immense dans l'histoire de la Pa-
pauté, à cause de ses résultats. Non-seulement Grégoire força
l'empire à reconnaître la suzeraineté du Saint-Siège, mais encore
il rangea seul sous l'autorité de saint Pierre autant de ducs, de
princes, de rois, que tous ses prédécesseurs ensemble; il réalisa ce
que des utopistes n'auraient pas osé rêver, la monarchie univer-
selle par la seule force de la religion et de la jusiiee. Ce fut en
vain que Henri IV, brûlant de se venger, s'avança jusqu'à Rome
à la tête d'une armée, et obligea Grégoire à chercher un refuge

   (I) Voir le texle de celte donation dans Cenui, t. II, p. 238.