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52                            ESSAI HISTORIQUE
 dans l'exil, il ne lui arracha pas une seule concession. Ces suc-
 cès de la force brutale n'eurent d'autre effet que de procurer à
 l'héroïque vieillard un glorieux tombeau, et de montrer à l'uni-
 vers qu'une grande âme est au-dessus de la mauvaise comme
 de la bonne fortune. Henri, lui-même, n'échappa point au sort
 qu'il avait voulu faire au pape, et le persécuteur de Grégoire VII
 mourut détrôné par son propre fils (1).
    Des trois hommes que Grégoire avait désignés pour lui suc-
 céder, le premier, Victor lîl, ne fit que passer sur le trône pon-
tifical. Mais le second, Urbain H, reprit l'œuvre de son maître
et la continua avec vigueur. Un événement singulier vint tout
à coup en favoriser les progrès. Ce fut sous le pontificat
d'Urbain II qu'éclata en Europe le mouvement célèbre qui pré-
cipita l'Occident sur l'Orient pour lui arracher un tombeau. Les
Croisades doivent beaucoup sans doute à Urbain II, car c'est
lui qui sut en réunir les éléments et les mettre en activité, mais
la glorieuse conception des Croisades ne lui appartient point.
Déjà, cent ans auparavant, un pontife compatriote d'Urbain et
non moins illustre que lui, Sylvestre II, avait eu l'idée d'exciter
l'Europe à la conquête des lieux saints (2). Les tentatives qu'il
fit alors pour la réaliser n'eurent aucune suite. Rien n'était en-
core assez mûr pour un si grand dessein. Depuis lors Grégoire VII
avait repris cette idée avec plus de succès, et tout porte à croire
que si ce grand pontife eût vécu, il l'aurait lui-même exé-
cutée. Grégoire considérait cette idée au point de vue de ses
desseins et la rattachait au plan qu'il s'était formé relativement
à la monarchie chrétienne. Si l'on entend bien les confidences
qu'il fait à ce sujet dans ses lettres, l'affranchissement des lieux
saints était moins le but qui l'excitait à armer l'Europe contre
l'Asie, que l'extensiori du royaume de J.-C. C'est une chose
remarquable, dit l'auteur de l'Histoire des Croisades; (3), que

    (1) Anonymius in vita Heitrici IV, ap. Uriisruin, 1.1, p. 392. — Ouo Frising,
lih. VII, c. IX et XI.
    (2j Lettre de Sylvestre H, dans Michaucl, Bibliothèque des Croisades, part. II,
p. 467.
   (3) Bibliothèque des Croisades, l H, p. 490.