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50 ESSAI HISTORIQUE
11 ne tarda pas à s'en repentir. Ses vexations arbitraires ve-
naient de soulever la Saxe et la Thuringe ; ces deux grands fiefs
de sa couronne étaient en armes contre lui. Grégoire, dont les
avis paternels étaient demeurés sans résultat, saisit la conjonc-
ture et envoya, en 1075, à Goslaz des légats pour sommer l'em-
pereur de se rendre à Rome, sous peine d'excommunication,
afin d'y justifier sa conduite sur la vente des évêchés, les in-
vestitures anti-canoniques, les spoliations qu'il se permettait (1).
L'indignation causée par les injustices d'Henri IV était au com-
ble. Le coup vigoureux du pape produisit un effet immense dans
toute l'Allemagne.
Dans le premier moment, Henri IV essaye de répondre aux
sommations du souverain pontife par des violences. Sur ses or-
dreSi un conciliabule tumultueusement assemblé à Worms dé-
pose Grégoire. Mais ce dernier, sans se soucier de cette déposi-
tion, excommunie l'empereur, le prive de l'empire et délie ses
sujets du serment de fidélité (2). L'Allemagne entière prend fait
et cause pour le pontife, et Henri n'a bientôt plus d'autre moyen
de salut que d'aller en 1076, presque seul, Ã travers mille
dangers, trouver le pape, retiré au château de Canossa, afin
d'implorer son pardon. Là , on ne lui douna audience qu'après
l'avoir retenu durant trois jours dans les cours du château, par
la saison la plus rigoureuse et dans l'état le plus humiliant (3). La
sentence d'excommunication fut levée, il est vrai, et le titre d'em-
pereur rendu à Henri IV. Maïs la clémence même de Grégoire
était une victoire pour la Papauté et une défaite pour l'autorité
impériale. Dès ce moment, le triomphe de l'Eglise sur l'Etat fuj
consommé.
En se décidant à attaquer de la sorte la puissance des empe-
reurs, Grégoire avait senti le besoin de se ménager un point
d'appui en Italie d'où il pût frapper avec force et sécurité. Après
les pertes successives qu'elle avait éprouvées, il ne restait
(1) Lambert Schafnab., Citron., ad ann. 1076. — Slruv., p. 376.
(2) Berlholcl Constant., ad ann. 1066.—Annalim Saxo, ad ann. 1076.
t3) Struv., p. 381.