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40                         ESSAI HISTORIQUE

rendus indépendants, et quelques-uns, comme les marquis
d'Ivrée, étaient devenus, par leur turbulente ambition, de véri-
tables fléaux pour l'Italie et Rome. Dans cette situation dé-
plorable, la Papauté, n'étant plus protégée par une main ferme,
tomba dans une honteuse servitude que lui imposèrent, pen-
 dant près de soixante ans, deux femmes célèbres par leur beauté
et leurs excès, Théodora et Marozia, sa fille. La liberté fut ban-
nie des élections et remplacée par la tyrannie. On n'y garda plus
aucune forme canonique ; les intérêts mondains, et non ceux de
l'Église décidèrent des choix. La chaîne majestueuse des saints
pasteurs, qui avaient fait si longtemps la gloire de Rome, fut
brisée. Alors commença, pour durer un siècle, cette suite d'indi-
gnes pontifes qui déshonorèrent la Chaire de Saint-Pierre, et
mirent l'Église en péril (1).
   Dans cet état de choses, la Papauté risquait de succomber,
non pas sous les coups de l'hérésie et du schisme, mais sous son
propre abaissement. L'un de ses représentants, Jean XII, le
sentit ; il comprit que l'Église romaine, pour recouvrer son au-
torité et son lustre antique, avait besoin de l'intervention d'une
puissance vigoureuse et tutélaire. Heureusement cette puissance
existait de l'autre côté de l'Adriatique. Là, Othon I«r avait ra-
massé, dans la poussière, le sceptre de Charlemagne, et le por-
tait depuis vingt-quatre ans avec talent et gloire. Jean XII sa-
dressa donc à ce prince et lui députa , en 960, le cardinal Jean
et le scriniaire Azon, chargés d'une lettre dans laquelle le pape
suppliait le pieux et sérénissime monarque de venir, pour l'a-
mour de Dieu et des SS. Apôtres Pierre et Paul, délivrer l'É-
glise romaine des mains des tyrans, et lui rendre la liberté (2).
La politique d'Othon Ier lui fit comprendre sur le champ ee qu'il
y avait à gagner dans l'intérêt de sa gloire et de son pouvoir à la
proposition qui lui était faite; Il accourut en Italie, suivi de ses


  (1) Baronii Annales ad ann., 912.— Mnratori, Ânnali d'Jtnlia, in-8°, ad ann
960.—Sigonio, Hist. de regno d'italiœ, lib. VIi
  (2) Liulprandi Hist., lib. VI, cap. 6. —Annalista Saxo, ad ann, 960 , ap.
Eccard. Corpus historicum, t. I,