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SUR LE POUVOIR TEMPOREL DE LA PAPAUTÉ. 39 difficile était fait, la base était posée, mais bien des événements devaient s'accomplir avant que l'édifice fût construit. Tout de- vint favorable à la papauté, et le progrès immense de la prépon- dérance du clergé sous le règne de Louis-le-Débonnaire, dans les affaires de l'empire, et la faiblesse des princes qui occupèrent successivement le trône de Charlemagne. H fallait bien qu'elle eût acquis en peu d'années un suprême ascendant pour que, moins d'un demi-siècle après la mort du grand empereur, Nico- las 1er se soit trouvé en état de menacer un roi de Lorraine de le mettre lui et son royaume en péril, s'il osait se rendre coupable de certains crimes qu'il désignait (1) ; pour que le même Nico- las I er , écrivant à Adventius de Metz, en 863, pût lui dire : « Voyez un peu si ces rois et ces princes, auxquels vous vous dites soumis, sont vraiment rois et princes. Voyez d'abord s'ils se conduisent bien, et ensuite s'ils régissent de même les peuples qui leur ont été confiés. Voyez s'ils gouvernent d'après les maximes du droit. Sinon, ce sont des tyrans, non des rois. Nous devons leur résister, nous dresser contre eux , et non leur obéir (2). » Quand un homme seul et désarmé ose parler ce lan- gage à ceux auxquels toutes les forces matérielles de la société obéissent, il faut qu'il ait entre les mains une puissance supé- rieure à celle des armées. Mais, au commencement du Xe siècle, nous voyons les progrès de la Papauté se ralentir tout à coup par l'effet même d'une des causes qui les avaient favorisés. La faiblesse toujours croissante des empereurs franks amena, à cette époque, une désorganisa- tion sociale comme les annales de l'humanité n'en signalent pas. Il s'ensuivit, en Italie surtout, une anarchie dont les ravages des Sarrasins vinrent compléter les désastres. Le Saint-Siège perdit la plus grande partie des possessions territo- riales que la libéralité du premier empereur avait ajoutées à son premier domaine. Les seigneurs auxquels les papes avaient in- féodé ses possessions pour en tirer parti, s'étaient peu à peu (1) Nicolai / Epist., ad Teulbergam, ap. Labbe, t. VIII. (2) Nicolai l Epist. IV, ad Adveniium metensem., ap. l a b b e , t. VIII.