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LOUIS-PHILIPPE D'ORLÉANS. 381 1797, que les trois frères se rejoignirent pour ne plus être séparés. Ils se trouvaient dans un dénûment dont l'excès même les fit sourire. Mais ils étaient jeunes, libres, sans besoins, in- souciants de l'avenir. Toujours avide de lumières et d'impres- sions nouvelles, Louis-Philippe entraîna sans peine ses frè- res à l'exploration d'un continent qui leur était inconnu. Tous trois, accompagnés du fidèle Beaudoin , se dirigè- rent sur Baltimore, et de là en Virginie, après avoir admiré les chûtes du Potomac. L'illustre ami de La Fayette, le gé- néral Washington, qui les attendait dans sa retraite de Mount-Vernon, les combla de marques d'intérêt, et leur remit des lettres de recommandation fort précieuses pour les contrées qu'ils avaient à parcourir. Ils prirent congé de ce grand homme au bout de quelques jours, et visitèrent suc- cessivement Winchester, Stanton , Abingdon , KnoxvHle, Nashville, Louisville, Lexington, Maysville, Lancaster, Za- nesville, Wheeling et Pittsburg , où les retint une ou deux semaines la santé déjà chancelante du comte de Beaujolais. Louis-Philippe lui-même fut forcé de s'aliter à Bairdstown, et sa munificence royale reconnut plus tard, par un présent fait à cette ville, les égards empressés dont il y fut l'objet. Après avoir étudié à sa source même la civilisation amé- ricaine, si intéressante à connaître, si difficile à bien appré- cier, Louis-Philippe voulut contempler de prés quelques scènes de la vie sauvage. A travers de vastes régions inhabi- tées, couvertes d'immenses forêts ou de frais herbages, il remonta jusqu'aux bords du lac Erié, et se trouva tout-à -coup avec ses frères, au milieu d'une tribu d'Indiens Sénécas. Il réussit par son sang-froid et sa dignité extérieure à maîtri- ser peu-à -peu les dispositions malveillantes de ces enfants de la nature, et ce séjour des trois augustes voyageurs sous les wigwams des Sénécas ne fut pas l'épisode le moins curieux