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LETTRES SUR LA SARDAIGNE. 149 puis y restèrent ensevelis?]ou bien, adoptant le sens figuré , faut-il croire que cet or n'est autre chose que les poissons abondants et variés, les oiseaux aquatiques de toute espèce , qui peuplent ces eaux stagnantes,et qui, habilement exploitées, deviendraient pour les habitants une source de richesses? ou bien encore, n'y faut-il voir qu'une leçon mystérieuse, le conseil de détruire ces marais infects dont le dessèchement ferait des plaines fertiles, et rendrait aux Oristaniens la santé, la plus précieuse de toutes les richesses ? En tous les cas, quelle que soit l'explication adoptée, s'il y a de l'or dans l'é- tang, il n'y en a pas dans la ville. Je n'ai jamais rien vu de plus misérable que ses rues désertes, ses maisons en deuil, ses palais délabrés, d'où l'on dirait que la peste a chassé les habitants. Pourtant Oristano est une ville importante , une ville épiscopale, renommée à bon droit pour l'excellence de son vin et l'élégance de ses poteries. Elle possède une bonne auberge, dans laquelle je trouvai un lit suffisant, des repas copieux et une société nombreuses de ces négociants, qui amè- nent à Oristano des arbres et des chevaux de l'intérieur et les embarquent sur les étangs, qui les conduisent à la mer. La ville renferme plusieurs monuments d'un intérêt fort médiocre : un évêché construit dans le style-caserne , dont la façade représente un échafaudage de balcons et de fenêtres , soutenus par des pilastres peints , parfaitement imités ; une cathédrale , grande et élégante , mais dont l'architecture es- pagnole napolitaine n'offre rien de remarquable. En parcou- rant les nefs latérales , je m'arrêtai devant une chapelle, dont la simplicité attira mon attention : sur l'autel de marbre blanc était posée une statue de jeune fille , qui pressait sur sa poitrine un beau lys épanoui, et foulait aux pieds le vieux serpent, qui se relève toujours. Au-dessous étaient gravés ces mots : SANCTA PUÃUTAS. C'était une chapelle consacrée h la pureté. Gracieux souvenir de la forme païenne, que sanc-