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             DE LA ROYAUTÉ DE LOUIS-PHILIPPE.                    205
acharnement. Les mesures de résistance, en juillet, avaient été
mal prises ou insuffisantes ; mais il y eut pourtant une défense
réelle : en février, il n'y en a point eu. On parlait depuis long-
temps d'un plan stratégique, combiné surtout pour la mort de
Louis-Philippe, et qui devait rendre une grande émeute , une ré-
volution , impossibles. Paris, divisé en six zones militaires, se
verrait dans un instant, s'il remuait, pieds et poings liés entre les
mains du pouvoir. Eh bien ! de tout ce fameux plan , rien n'est
 apparu qu'une lettre du secrétaire du duc de Montpensier pour
faire venir, de Vincennes, des pièces d'artillerie dans l'une de ces
zones que la lettre indique. Point d'ensemble, point d'ordre, point
d'énergie, aucun sentiment, aucune vue, même militaire , de la
situation. Des soldats furent oubliés vingt-quatre heures et plus
à leur poste, sans boire ni manger. Les troupes avaient plutôt
reçu pour consigne de s'opposer au désordre, de faire la police ,
que celle de tirer. Plusieurs corps restèrent dans l'inaction. Celui
 de la garde municipale, le plus beau de tous et le plus sûr, était
détesté du peuple, et ses divers postes se voyaient d'un instant à
l'autre coupés, écharpés, massacrés. On ne sait pas même au
juste qui commandait. Des susceptibilités, dit-on , du duc de Ne-
mours et du général Jaqueminot empêchèrent de donner à temps
le commandement au maréchal Bugeaud. Enfin, Charles X était
tombé en roi, mais Louis-Philippe , quand trop tard il ouvrit les
yeux , ne sut plus que fuir. Mais reprenons les faits.
   Dès le matin du jeudi, il avait nommé un autre ministère en-
core , un ministère Thiers et Odilon-Barrot, avec le général
Lamoricière pour commandant de la garde nationale. Le Moni-
teur, imprimé dans la nuit, n'annonçait que la nomination du
maréchal Bugeaud, faite la veille, au commandement supérieur
de toute la force armée, et pas même le ministère Mole: confir-
mation malheureuse et probablement fortuite des soupçons du
peuple sur quelque perfidie du roi. Le maréchal, véritable figure
de vieux soldat encore vert et au teint fortement coloré, avait par-
couru les boulevards, souriant, saluant et donnant des ordres.
Mais on avait répondu à ses saluts par des A bas Bugeaud ! ac-
compagnés de coups de fusil. S'avançant alors vers les groupes