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LA TENTATION. 297
Et tous les fils d'Adam qui vers ce jour si beau,
Aspiraient, enchaînés dans la nuit du tombeau,
Et qui, lutteurs aussi, vont, couronnés de nimbes,
Après le grand combat sortir brillant des limbes,
Tout être enfin sentant, quoique faible et puni,
Qu'un invincible espoir lui promet l'infini,
Tout coin de l'étendue où la pensée habite,
Où le désir de vie en un germe palpite
Tout connut ce triomphe.... excepté les humains,
Car le glaive toujours doit veiller dans leurs mains.
Du repos énervant que pour l'âme il redoute
Dieu veut nous préserver par la crainte et le doute,
Et de peur de l'orgueil il ne nous fait savoir
Qu'assez de nos grandeurs pour engendrer l'espoir.
Or tous ceux des esprits qu'en leurs sphères lointaines
Le poids d'un corps trop lourd ne tient pas dans les chaînes,
Et qui, pour s'élancer dans les champs infinis,
Comme de grands oiseaux peuvent quitter leurs nids,
Tous ceux dont les destins sont attachés aux nôtres,
Et pour qui notre globe est le centre des autres.
Partis de leurs soleils rapides messagers,
Remplissaient l'air, pareils à des flocons légers.
Ils volaient vers la terre, innombrable cortège,
Ils teignaient les sommets d'une blancheur de neige,
Et, passant tour à tour, adoraient à genoux
Celui qui triompha pour eux comme pour nous.
VII.
Les anges le servaient comme ils servent son père,
Moins timides pourtant et tels qu'auprès d'un frère :