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298                      LA TENTATION.

      Tels qu'auprès d'eux, jadis, ces divins voyageurs
      Ont vu, l'urne à la main, accourir les pasteurs.


      Autour du fils aîné rentré de la bataille
      Tel s'empresse, admirant son armure et sa taille,
      L'essaim joyeux et fier des plus jeunes enfants,
      Prenant son bouclier dans leurs bras triomphants,
      Lui présentant le pain, et, vers la table, en groupe
      Portant la lourde amphore et remplissant la coupe.


      Chacun d'eux à l'envi,pour apaiser sa faim,
      S'employait de son mieux, archange ou séraphin,
      Et remplaçait le pain qu'en sa ruse grossière
      L'esprit d'orgueil prétend susciter de la pierre.
      Chacun lui préparait des aliments divers :
      Les célestes greniers pour eux étaient ouverts.
      Chaque ange, parcourant la sphère qu'il cultive,
      Moissonnait pour Jésus d'une main attentive,
      Choisissant les épis et les fruits les plus beaux,
      La manne et la rosée et les plus fraîches eaux,
      Et du cœur des palmiers la moelle nourrissante,
      Et la sève de tout sous leurs doigts jaillissante.
      Ils s'envolaient ainsi, des mondes étrangers
      En un rapide essort dépeuplant les vergers,
      Et, pour former un miel de toutes leurs merveilles,
      Allaient et revenaient ainsi que des abeilles.


      Mais un plus doux tribut par eux était offert
      Au lutteur fatigué des combats du désert;
      A ses yeux, consolés par de riants prodiges,
      Ils venaient de Satan effacer les vestiges:
      Et les noirs souvenirs que, même à son vainqueur
      Le sombre esprit du mal laisse toujours au cœur.