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 qu'elle eût à la reprendre, si mieux elle n'aimait qu'elle allât
 rejoindre Roger de B.
    Quelle fut la stupeur de Madme de K. ! elle vit d'un coup-
d'œil l'horreur de sa position ; toutes les preuves qui s'éle-
vaient contre elle, rendaient sa justification impossible. Elle
résolut d'accepter ce nouveau coup du sort avec résignation ;
quand sa mère éplorée la conjura de solliciter le pardon d'un
mari outragé, ou qui croyait l'être, elle répondit, avec une
dignité triste, qu'elle aurait le courage de supporter l'injustice
et l'outrage, mais qu'elle ne s'abaisserait pas à des supplica-
tions quand elle seule était l'offensée.
    Perdue, déshonorée aux yeux du monde par la publicité que
le faux orgueil de son mari donna à son crime supposé, Madme
de K. vécut dès lors dans la solitude la plus absolue.
    Deux années s'étaient écoulées depuis cette époque, Iors^
qu'un jour de réception chez le préfet maritime, un étranger,
la poitrine couverte d'ordres brillants, demanda si Madme de
K. ne viendrait pas partager les plaisirs de la soirée. —
« Quoi ! v o u s l a connaissez, et vous ignorez son histoire ? lui
répondit-on ; c'est une aventure assez scandaleuse qui a fait
du bruit dans le temps -, elle habitait une campagne isolée
— Près du fortRouge ? —Précisément au-dessous. Un soir,
par un orage affreux, un galant chevalier fut aperçu sortant
de chez elle par la fenêtre, et tenez ! il y a précisément deux
ans de cela, c'était dans le mois de janvier 18.., le mari fu-
rieux l'a renvoyée à sa famille, et depuis personne ne la
voit. »
    Le lendemain, l'amiral J. passa deux heures enfermé dans
son cabinet avec l'étranger, et à l'issue de cette entrevue, il
fit inviter Madme de K. et sa mère à venir à l'amirauté pour
une affaire de haute importance. A leur arrivée on les intro-
duisit dans un salon où elles trouvèrent réunies leur famille et
celle de M. de K. A l'aspect de sa femme, celui-ci fit un