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magique tous ces morts réveillés de la tombe, qu'il revêt de
leurs corps, de leurs armes, qu'il anime de leurs vertus et
de leurs vices, qu'il distingue par les traits ineffaçables d'une
piquante originalité, qu'il humanise surtout par ces doux
souvenirs , ces traditions vénérables de famille, ces sen-
timents d'amour et de reconnaissance qui vibrent au fond
de tous les cœurs. Waverley, Ivanhoe, Kenilworth, noms
connus et aimés de toute l'Europe, vous formez avec
tant d'autres noms, une auréole de gloire impérissable sur
le front de l'aimable conteur, de l'éloquent ami de l'hu-
manité !
En face de Walter Scott, George Byron s'éleva seul ! Seul,
dans son isolement sauvage, dans la conscience profonde de
son génie, dans sa haine contre l'injustice ou plutôt contre
la justice des hommes. Ulcéré dès ses plus jeunes années par
un sentiment exalté d'amour-propre, méconnu dans sa su-
périorité cachée, exclu d'une patrie qu'il renie, mais dont ii
sera malgré lui l'ornement, Byron a demandé à l'Espagne,
à l'Italie, à la Grèce, à l'Asie, ces inspirations entraînantes,
ces couleurs vives ou lugubres dont il revêt avec tant de
force son effrayante individualité. Partout, dans Don-Juan,
Child^Harold, dans le Corsaire et dans Manfred, c'est Byron,
le contempteur des hommes, qui paraît dans sa haine dou-
loureuse, dans ses regrets poignants, dans ses brûlants sar-
casmes, dans son vague et sublime désespoir. Quelle poésie
vivante dans ses images, quels jets deflammedans ses tableaux !
Dernier représentant d'un scepticisme, qui heureusement s'é-
teint de jour en jour, Byron a cependant des élans de noble
et généreuse sympathie ; son cœur se soulève quelquefois
contre son orgueil humilié -, il tremble, il soupire, il espère,
il lève en haut ses yeux gonflés de larmes, et, dans ses heures
de poétique tristesse, il est comme l'ange déchu pleurant
aux portes du ciel. Génie puissant, bizarre, insaisissable, dont