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   Elle commence sur un ton bien élevé cette ode de Lebrun
à laquelle on pourrait donner pour titre :
                Fervet immensusque ruit profundo
                         Pindarus ore;

et malgré cela le même ton se soutient à la même hau-
teur; factice ou naturel, c'est un mouvement général qui
nous entraîne assez facilement :

              Aigle qui ravis les Pindares
              Jusqu'au trône enflammé des Dieux,
              Enthousiasme! tum'égares
              A travers l'abîme des cieux!
              0 muse ! dans l'ombre infernale
              Tonfilsplongea ses pas vivants :
              Moi, sur les ailes de Dédale,
              Je franchis la route des vents.
               < Il est beau, mais il est funeste
               »
              De tenter la voûte céleste. »
              Arrête, importune raison!
              Je vole, je devance Icare,
              Dussé-je à quelque mer barbare
              Laisser mes ailes et mon nom !

Le seul défaut de cette ode est sa longueur ; nous nous fati-
guons bien vite à toujours voler ainsi dans les plaines éthérées;
le vertige ne tarde pas à venir, et quand il nous saisit, l'in-
telligence est bientôt aveuglée et impuissante. C'est, du reste,
le défaut général de Lebrun ; c'est celui de l'ode où, devan-
çant son siècle, il s'élance, plein de fierté et de confiance en
son génie, jusqu'aux confins les plus lointains de la postérité.
Notre génération n'est pas encore pour Lebrun la postérité la
plus reculée, et cependant nous n'avons pas sanctionné cet
exegi monwnenlum, tandis que l'admiration constante de dix
huit siècles a confirmé celui d'Ovide et d'Horace.
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