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idées traditionnelles, virtuellement contenues dans la fable de
Psyché.
Au milieu d'un jardin, et d'une nature primitive, Psy-
ché se réveille non sans garder comme un souvenir fugi-
tif d'un rêve effacé. Dans un dialogue plein de grâces et
lout parfumé des senteurs du jardin natal, la jeune fille sen-
tant la parole éclore sur ses lèvres, s'adresse à toutes les plan-
tes, aux ondes, aux oiseaux, seuls hôtes qui lui parlent d'un
époux auquel elle est destinée; des chœurs invisibles, messa-
gers ailés entre l'ameetDieu, annoncent la venue d'Eros; et
le soir les noces du dieu se célèbrent mystiquement dans le
palais ténébreux.
Bonheur de Psyché : union de l'innocence et de l'amour
dans cette ignorance dont la perte doit être suivie de tant
de larmes; mais l'inquiétude naturelle au cœur de l'homme,
l'attrait de l'inconnu, commencent à agiter le cœur de Psy-
ché; et c'est en vain que le nocturne époux revient la consoler;
le trouble augmente, les désirs de l'idéal invisible soulèvent
le sein de l'épouse que ne satisfont plus les délices du chaste
hymen. La lampe est allumée, et les ordres du destin violés.
Ainsi se consomme la première faute à laquelle se rattache
l'origine de tout mal. Eve a mangé le fruit fatal ; la boîte de
Pandore est ouverte ; pleurez ! la douleur est entrée dans le
monde.
L'origine du mal ? question redoutable sur laquelle les phi-
losophes disputent sans s'entendre ; plusieurs même, dans
l'embarras d'expliquer cette origine mystérieuse, ont nié le
ma! lui-même. Regardez donc aux yeux de l'homme la source
des larmes qui s'en échappent incessamment ; demandez à la
bouche la plus souriante la raison des soupirs secrets qui s'en
exhalent vers l'inconnu ; sondez les poitrines; introduisez, si
vous l'osez, votre main dans cette blessure immortelle que nous
portons tous à notre crtlé entr'ouvert, attendant, mais en vain,