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git des citoyens au pouvoir. Elle se résume dans une dé-
faveur marquée, dans des accusations journalières contre
la liberté de la presse représentée comme complice de tous
les désordres sociaux, de tous les crimes les plus odieux
qui révoltent le jugement public.
Or, quelle est la portée de ceci? Si l'on se contente,
sans conclure, de mettre le journalisme sur la sellette, Ã
quoi bon ? si ce n'est à discréditer notre loi fondamentale,
dont toutes les parties sont solidaires? Il y a certainement
un très grand danger à l'attaquer dans les points favora-
bles à la liberté 3 c'est autoriser et provoquer des attaques
sur les points favorables au pouvoir. Mais si l'on tire la
conclusion, fait-on bien attention qu'elle aboutit directe-
ment à une révolution? La liberté complète de la presse
est, en effet, non seulement hors du mandat, mais au dessus
du mandat donné au gouvernement et aux chambres. Il
est inconstestable que les trois branches de l'autorité lé-
gislative ne pourraient, réunies et d'accord, porter une
loi de censure. Un tel acte, hypothèse d'ailleurs absurde,
n'obligerait pas valablement les citoyens. S'il venait Ã
réussir, ce serait contre le droit et par la force. J'ai donc
raison de dire que ce succès serait une révolution, et la
pire de toutes, une révolution contre la liberté. Je sais
bien qu'on ne s'avoue pas cette conséquence; mais elle est
au bout des déclamations contre la presse. E h ! bien, dans
de telles circonstances, c'est une bonne action que d'ap-
peler de l'opinion troublée et blessée à l'opinion redeve-
nue calme et saine, et d'essayer de mettre un terme à un
mouvement contre nature, qui pourrait entraîner le pré-
sent à des mesures dangereuses, mais qui certainement
serait suivi, dans un court avenir, d'une réaction terrible.