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BULLETIN ARTISTIQUE.
Le groupe de M. Carie Elschoëct. — Le tableau retrouvé de la Maîtresse du
Titien. — Fresques d'Ainay. — Conservation dans nos églises des inscrip-
tions tumulaires.—Avis à M. Dardel, au sujet du tombeau de Françoise
de Clermont-Tonnerre, abbesse de Saint-Pierre.
La sculpture en France est une langue que peu de personnes se
soucient d'apprendre, et que toutes, à peu près, parlent différem-
ment ; le seul point sur lequel on s'entende, est celui de la forme
prise abstractivement comme imitation pure et simple de la nature.
Quant à la composition, à part certains rapports géométriques sur
le balancement des membres, il serait difficile de dire en quoi con-
siste la poétique des écoles modernes. Cependant, soit que l'étude
des sculptures du Parthénon ait révélé aux artistes le sens véritable
de l'antique; soit que l'opinion, protestant contre l'idéal en peinture,
se soit fait jour dans l'atelier des statuaires, des morceaux d'une
sculpture large et accentuée, ont, depuis dix ou quinze ans, signalé
presque toutes les expositions. MM. Roman, Nauteuil, Cortot, Pra-
dier ont, les premiers, voulu donner à la sculpture un caractère
actuel et la placer dans nos mœurs. M. Pradier surtout s'est fait,
dans cette route, une belle réputation d'école. Un homme qu'ils re-
connaissent pour leur émule, a porté plus loin son ambition ; il a
voulu révolutionner la composition en même temps que l'exécution ;
on a nommé M. David. Excepté ces maîtres et petit nombre d'au-
tres, la plupart des sculpteurs de nos jours cavant au plus bas, n'é-
lèvent guère l'art au dessus de la manière de la statuette, et exécutent
les grands travaux dans le même sentiment ; de ce parti pris résulte
cette mesquinerie de forme et de caractère , ce manque d'accentua-
tion qu'on remarque dans la plupart des ouvrages contemporains.
M. Carie Elschoëct, que l'administration des hôpitaux a choisi pour
achever l'œuvre de Soufflot, obéit un peu à cette pratique facile, qui
se contente d'un à peu près. Son groupe du Rhône et de la Saône
manque complètement de cet aspect monumental dont Coustou
nous a laissé de si beaux modèles, précisément dans le même sujet ;
la hauteur à laquelle le groupe de M. Elschoëct sera placé, exigeait
impérieusement une autre facture ; le Rhône surtout nous paraît fai-
blement attaqué ; il fallait une pose naturelle et noble, un dessin