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d'un style large, une facture facile et puissante, au lieu de ces for-
mes mesquinement indiquées, de cette petite tête allongée, de ces
membres grêles, modelés négligemment, de ces pectoraux effacés,
qui lui donnent une apparence faible et chétive ; c'est un modèle d'a-
telier cherchant à dissimuler la pauvreté de ses formes sous la pré-
tention de la pose, et luttant de tout le pouvoir de sa nullité contre
l'intention de l'artiste, plutôt que la personnification mythologique
du fleuve impétueux et puissant. La figure qui représente la Saône
est dans un mouvement plus maniéré qu'expressif ; la tête est très
jolie, et l'un des bras est charmant; n'en déplaise aM.Elschoëct, nous
restons convaincus que les biceps de celui qu'elle porte à sa tête, ne
 sont pas du tout dans la nature féminine ; dans l'intérêt de cette
 figure (incontestablement préférable à l'autre), l'auteur aurait bien
fait peut-être de plier un peu le genou gauche ; telle qu'elle est, la
jambe a trop de cette raideur qui ôte la grâce et n'ajoute rien à la
force. Les mains d'un joli modèle sont bien traitées, mais les pieds
sont d'une nature assez peu élégante.
    Nous ne parlerons pas de la prétendue pensée humanitaire que
l'artiste a cherché à rendre dans l'attitude qu'il a donnée au Rhône
 et à la Saône, cette pensée est à la fois puérile et peu saisissable.
    Le Titien disait un jour à un homme qui jugeait ses productions
 avec sévérité : « Je vous estime, parce que vous me dites la vérité,
 « ou ce que vous croyez l'être. » M. Elschoëct pourra nous tenir le
 même langage, car si jamais nous manquons d'équité dans nos juge-
 ments, on pourra accuser notre ignorance, mais jamais notre vo-
lonté ou notre bienveillance.
   —M. le conservateur du Musée, répondant à la question que nous
lui avions faite relativement à la maîtresse du Titien, dit que des dé-
tériorations causées par la température de la salle ont nécessité son
déplacement en attendant sa restauration ; M. le conservateur sait
mieux que nous combien la restauration, et surtout celle qu'exige
ce tableau est difficile ; il n'a pas besoin que nous lui énumérions
les chef-d'œuvres qui ont été détruits par cette opération scabreuse,
mais nous croyons devoir l'avertir, avec une certitude acquise à
nos propres dépens, que personne à Lyon n'est en état d'accomplir
une telle entreprise.
   —Au moment où l'on s'occupe sérieusement de la restauration de
nos églises, il n'est peut-être pas hors de propos d'arrêter l'atten-
tion de nos architectes sur les nombreuses inscriptions tumulaires
qui s'usent sous les pieds desfidèlesdans la plupart de nos ancien-
nes basiliques. Ces pierres sont les archives du temple ; elles ont
une valeur et un intérêt historiques. Pourquoi ne pas les relever
avec soin et ne pas les enchâsser dans les murs debout à la suite les
unes des autres, ainsi que cela se pratique dans les églises du nord.
   Nous recommandons à M. Dardel, dans l'intelligente restauration
qu'il fait aujourd'hui du palais Saint-Pierre, de dégager la belle