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CHAS>F, A h.\ C1UVE. 295 vilisé ; il est parfois avocat, parfois notaire. Il habite la ville et la campagne indifféremment ; il a un bon chien et il sait s'en servir. Dans la plaine, il oublie les soucis et les inquiétudes du logis ; la chasse est pour lui une affaire de plaisir et de santé. Uni d'intention avec Phanor, il suit le blé noir, bat le trèfle, ne dédaigne pas le chaume. Il s'ap- proche de tout buisson touffu, de tout fossé ombragé, de tout monticule pierreux. Suivant l'humidité, le soleil ou le vent, il cherche le coteau ou le plat pays, et, quand vient l'heure du diner, il s'installe voluptueusement à côté d'une claire fontaine, se débarrasse du carnier, met la gourde rafraîchir, tire des vastes flancs de son sac, la viande froide, le fromage et le pain bis, et partage avec son chien le plus savoureux du repas. Mais là ne se résument pas toutes les voluptés de la chasse. Si la poursuite du gibier a ses charmes, l'attente immobile ne manque pas non plus de douceurs. La pipée a ses fanatiques, l'affût ses martyrs , le miroir ses ama- teurs, surtout quand de jeunes dames viennent en souriant s'asseoir sur un coussin et consentent à tirer la ficelle ; la traînasse, la tomberelle et la longue série des filets auraient leurs sectateurs si l'autorité ne veillait pas, et si le garde n'était pas chargé d'apprendre aux profanes que la chasse est simplement une distraction et un plaisir et non une spéculation et un ravage. Tous les filets, cependant, ne sont pas défendus. On les emploie à prendre les pigeons dans les Pyrénées, on les autorise dans certains pays, pour la grive et la bécasse. Cette dernière chasse est populaire dans le département de l'Ain ; il n'est pas de vigneron qui n'ait sa pantière ; beaucoup de fils de famille qui chassent au fusil dans la journée, s'empressent, le soir avant la tombée de la nuit, ou une heure ou deux avant l'aurore, de charger leur sac sur le dos et de gagner la montagne où leur poste est pré- paré. Pendant les longues soirées d'hiver, quand la neige