Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
476                    JEAN-CHARLES GRÉGORJ.
grand diplomate n'a pu la rompre. Ce fut à l'instigation et à l'aide
de la munificence de l'ambassadeur que Charles Grégorj publia
l'histoire de Filippini ; c'est au neveu de Pozzo di Borgo, au comte
Charles, modèle d'honneur et de fidélité, qu'il dédia sa tragédie
do Sampiero ; c'est à la mémoire vénérée de son protecteur qu'il
fit hommage des Statuli di Corsica :
                                               Omne vovemus
             Hoc tibi ; nec tanto careal rnihi nomine charla (1).
    Le nom et les maximes politiques du comte Pozzo se retrou-
vaient sans cesse dans la conversation de Charles Grégorj, et
l'accomplissement des prévisions qu'il avait recueillies dans ses
Jongs entretiens avec lui, marquait à ses yeux, le souvenir de
cet homme d'état, d'un véritable sceau de supériorité et de génie.
Une des publications auxquelles il attachait le plus d'importance
était celle des Mémoires de l'ancien ambassadeur de Russie 11
en avait été spécialement chargé par une clause du testament
de son illustre compatriote, mais il avait du attendre religieu-
sement l'époque marquée pour les faire paraître, et cette date
était d'autant plus respectable que, dans la pensée de celui qui
 l'avait fixée, elle semble annoncer une ère prochaine de réha-
bilitation et d'affranchissement, ou la vérité pourra se faire jour,
et où les enseignements du passé pourront être profitables à
l'avenir. L'époque approchait: la mort ne l'a pas attendue.
    Atteint depuis dix-huit mois d'une maladie dont la science
n'a pu arrêter la marche, Charles Grégorj se fit longtemps il-
lusion sur l'issue funeste de cette cruelle épreuve. Il y avail
en lui tant de forces physiques et morales, son intelligence s'était,
conservée si puissante et si intacte, sur le sol natal, où il étail
venu cliercher un remède et un soulagement à ses souffrances ;
tant de charmes', tant de liens, tant de devoirs le rattachaient
h la vie qu'il aurait cru manquer de confiance en la providence
s'il eût osé "prévoir qu'il allait être ravi à la tendresse de son
vieux père, à l'affection, on pourrait dire au culte de ses frères
et de toute sa famille, à sa mission d'historien de la Corse. Et

  (I) Tibullc, liv, IV, el. 1 ; épigraphe de la dédicace des Slalu/i.