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280 SUR L'ENSEIGNEMENT DE LA PEINTURE. grands frais leurs tableaux, les jugeant même dignes d'être pla- cés dans les galeries de Versailles ; mais notre grand roi, qui appréciait les arts, pour le but qu'ils doivent atteindre, re- poussa ces chefs-d'œuvre, comme ayant manqué ce but? Quel est donc le but de la peinture ? si ce n'est d'émouvoir l'âme par de nobles sentiments ou de charmer l'esprit par des sujets in- génieux et des images gracieuses ? Car , si le seul but de l'art était de tromper les yeux, il n'y aurait aucun doute que celui qui rend le mieux tous les détails de la nature ne fût le plus habile ; mais ce n'est pas seulement aux yeux , c'est à l'esprit que le peintre doit plaire? et comment y parviendra-t-il, si son intelligence n'a pas été cultivée avec soin par l'éducation? Si donc l'éducation et l'instruction doivent être la base sur la- quelle sera fondé le talent de l'artiste , pourquoi l'administra- tion de notre Ecole de peinture n'est-elle pas plus exigeante sur ce point ? Bien loin de là , on admet dans cette école tous ceux qui s'y présentent, sous la seule condition de savoir lire et écrire. On y enseigae la peinture, la sculpture, l'architecture, la gravure, et, l'enseignement étant gratuit, tous les ouvriers y envoient leursenfants, persuadés qu'en peu d'années ils devien- dront peintres, architectes ou sculpteurs. 11 est vrai qu'on en- seigne aussi la peinture des fleurs et la mise en carte ; mais ces deux classes , les seules utiles à nos manufactures , sont pres- que délaissées. Les élèves redoutent d'y être admis. L'étude de. la figure les captivent entièrement; le prix qui y est attaché le laurier d'or, est l'unique but de leur ambition , et ceux qui se destinent à faire prospérer notre industrie nationale sont re- gardés avec mépris par le plus grand nombre. Qu'arrivera-t-il ? que la ville de Lyon se peuplera de peintres médiocres, et que ses fabriques manqueront de bons dessinateurs ! Les encoura- gements prodigués aux plus légères dispositions que l'on croit apercevoir dans un jeune homme l'excitent à suivre une car- rière pour laquelle il n'est pas né , et ravissent peut-être à une manufacture un dessinateur habile. Pourquoi donc fournir à l'État cette multitude de peintres, parmi lesquels il en est si peu qui puissent honorer ce nom? Ce n'est pas leur grand nombre