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108 HISTOIRE DES JOURNAUX DE LYON.
« Grands hommes de tous les siècles, Newton et Leibnitz, Voltaire et Rous-
seau , savez-vous en quoi vous êtes grands ? c'est en aveuglement. Vous ne
semblerez bientôt que de grands foux pour avoir pensé que la civilisation était
la destinée sociale du genre humain. Comment n'avez-vous pas soupçonné que
ces trois sociétés sauvage, barbare et civilisée sont des échelons pour s'élever
plus haut, qu'elles sont un âge d'enfance et d'imbécillité pour la raison , et
que Dieu serait imprévoyant s'il n'avait inventé rien de mieux pour le bon-
heur de l'homme. Ces trois sociétés sont les plus désastreuses d'entre les seize :
sur les seize, il y en a sept qui établissent la paix perpétuelle , l'unité univer-
selle , la liberté des femmes.
« J'ai dû cette étonnante découverte au calcul analytique et synthétique de
l'attraction passionnée que nos savants n'avaient pas jugée digne d'attention ,
depuis 2,5oo ans qu'ils étudient. Us ont découvert les lois du mouvement ma-
tériel ; cela est beau , mais cela ne détruit pas l'indigence. Il fallait découvrir
les lois dj) mouvement social, leur invention va conduire le genre humain Ã
l'opulence, aux voluptés , à l'unité du globe. Je le répète , cette théorie sera
géométrique, et, appliquée aux sciences physiques, ce ne sera pas une doctrine
arbitraire comme nos sciences politiques et morales qui vont faire une triste
fin. On va voir une furieuse débâcle de bibliothèques.
« Si jamais la guerre fut déplorable c'est en ce moment. Bientôt les vain-
queurs seront au niveau des vaincus. A quoi serviront les conquêtes, quand
le globe entier ne composera qu'une seule nation, n'aura qu'une seule ad-
ministration. Malgré cette unité, il n'existera dans l'harmonie aucune égalité.
« On pourra ménager au chef de la France l'honneur de tirer le genre hu-
main du chaos social, d'être fondateur de l'harmonie et libérateur du globe ,
honneur dont les avantages ne seront pas médiocres, et seront transmis à per-
pétuité aux descendants du fondateur.
« Quelques lecteurs crieront au rêve, au visionnaire ; patience , sous peu
nous les éveillerons eux-mêmes d'un rêve affreux , le rêve de la civilisation.
Aveugles savants, voyez vos villes pavées de mendiants , vos citoyens luttan'
contre la faim, vos champs de bataille, et toutes vos infamies sociales. Croirez-
vous, après cela, que la eivilisatipn soit la destinée du genre humain , ou bien
que J.-J. Rousseau ait eu raison en disant des civilisés : « Ce ne sont pas lÃ
des hommes ;ity a quelque bouleversement dont nous ne savons pas pénétrer la
cause. »
« FOURRIER.
Ainsi, pendant que le gouvernement interdisait aux journaux
l'appréciation des actes émanés de lui, et presque jusqu'au récit
des faits contemporains, il permettait sans inquiétude , à une