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LOUIS-PHILIPPE D'ORLÉANS. 419
parmi les mécontents, avait donné lieu à cette espèce de de-
vise, qui exprimait fidèlement la situation qu'il s'était faite :
Pour lui, sans lui et malgré lui. La faction révolutionnaire
ne pouvait se persuader que le duc d'Orléans persistât dans
son refus si, par l'expulsion ou la destruction des Bourbons
de la branche aînée, elle parvenait à lui frayer l'accès du
trône. On rapporte qu'un coup de main fut préparé dans ce
dessein un jour où Louis XVIII se rendait au théâtre de l'Odéon,
mais qu'il avorta par la ferme contenance du monarque,
ou par les manœuvres de quelques impérialistes, qu'avait dé-
concertés la négation obstinée de son concours.Toutefois, bien
que réduit en réalité aux proportions d'une simple coterie, le
parti orléaniste comptait des chefs puissants, et Fouché, le
plus habile d'entre eux, disait hautement que le prince «était
placé de manière à ramasser le sceptre, de quelques mains
qu'il vînt à tomber. » Ces menées, activement dirigées par ce
conventionnel célèbre, commençaient à prendre tous les ca-
ractères d'un complot décidé , lorsque le débarquement de
Napoléon sur les côtes de Provence vint étouffer ces premiers
germes de guerre civile et changer pour quelque temps la
direction des esprits.
Un des premiers soins de Louis XVIII, en apprenant celte
nouvelle, fut de mander le duc d'Orléans aux Tuileries et de
lui donner l'ordre d'accompagner le comte d'Artois à Lyon.
Cette détermination, suggérée au roi par M. de Vitrolles, ne
manquait pas d'habileté. Indépendamment de ce qu'il conve-
nait que le premier prince du rang se montrât, dans cette
grave conjoncture, à côté de l'héritier du trône, ce concours
empreignait la résistance d'un caractère national ; il tendait
à combattre les idées bonapartistes par les idées constitution-
nelles de 1791, encore vivaces dans un grand nombre d'es-
prits. Le duc d'Orléans opposa, dit-on , une certaine ré-
sistance; et, de peur que son dévoûment n'en parût suspect,