page suivante »
384 LOCIS-PHIMPPE Il'oRLÉANS,
tant de souvenirs. L'arrivée de Louis-Philippe en Angleterre,
où s'étaient retirés la plupart de ces princes, dût lui inspirer
une conduite plus conforme à ses véritables devoirs. Il com-
prit que sa sécurité, sa considération et môme son bien-être
personnel dépendaient d'une entière réconciliation avec les
frères de l'infortuné Louis XVI.Toutes ses vues se tournèrent
dès lors vers ce grand acte, dont le résultat devait être, comme
on le verra bientôt, de modifier profondément sa direction
politique et le cours de ses destinées.
Le débarquement de ce prince sur le sol anglais avait ex-
cité une sensation très marquée. Les émigrés français, ré-
pandus en grand nombre à Londres et dans les environs,
n'avaient pu se défendre d'un vif sentiment de répulsion. Le
nom régicide qu'il portait soulevait une indignation qui ne
s'adressait pas toute a la mémoire de son père. Avait-on
donc oublié ses encouragements aux premiers excès révolu-
tionnaires, ses rapports avec les sociétés démagogiques, l'ap-
pui dévoué que son épée avait prêté à la France républicaine ?
Venait-il braver l'empire de ces douloureuses réminiscences,
si vivaces encore dans les cœurs qui les avaient recueillies?
Venait-il détourner à son profit la contre-révolution que la
faiblesse du Directoire français rendait imminente , et cons-
pirer contre la république, après avoir conspiré contre la mo-
narchie de Louis XVI ?
A ces répulsions, à ces défiances, le duc d'Orléans répon-
dit par une existence modeste et retirée. Il s'établit avec
ses deux frères à Twickenham, dans le comté de Middesex ,
à seize milles de Londres, et y vécut en simple particulier,
parlant peu politique, poli envers tous, mais évitant toute
affectation de popularité. Ce fut le premier usage qu'il fit
de cette circonspection remarquable de langage et de ma-
nières qui constitua plus tard le trait dominant de son ca-
ractère.