Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
         LYON » APKÈS LE JOURNAL L ILLUSTRATION.                 99
marchand du moyen âge. Ses jours, qui ne diffèrent pas sensi-
blement de ses nuits, il les passe, la plume à l'oreille, dans
une façon de cave ou de rez-de-chaussée ténébreux qu'il affec-
tionne ; car à la garde de ce lieu peu avenant sont confiés ses
marchandises, son grand livre, le répertoire, et le siège de ses
affaires, le grand intérêt de sa vie.
    « Le Lyonnais qu'enrichissent, à moins de grands désastres,
trente ans d'une telle existence n'a pas un seul instant l'idée
de se servir de sa fortune au profit de son bien-être. Il n'en
jouit ordinairement qu'à la troisième génération. Non seulement
il blâme le luxe chez autrui, mais il ne l'aime point pour lui.
Il connaît ses concitoyens et juge de leur naturel ombrageux
par le sien propre. Les dépenses et l'étalage qui ailleurs sou-
tiennent le crédit, le compromettraient à Lyon. La seule joie
que se permette le négociant enrichi, la seule que ne lui défen-
 dent point les précédents et les usages du commerce de la cité,
 consiste à acheter quelque maison de campagne dans les environs
 de la ville pour y aller passer patriarchalement le jour du Seigneur
en famille. Dans la semaine, il n'a et n'ambitionne guère d'autre
divertissement que celui de humer de la bière en fumant sa pipe
 en véritable Hollandais.
    « L'étranger se sent envahi promptement par les méphitiques
vapeurs de la tristesse et de l'ennui, ne sait où se prendre pour
 combattre cette mal'aria endémique et contagieuse qui l'oppresse.
Les cafés, ce palliatif et ce grand narcotique de la vie de pro-
 vince, ne lui offrent pas un topique bien efficace contre l'in-
fiuenza locale. Mornes et enfumés, ils ont plus de rapports avec les
 tavernes anglaises qu'avec ces élégants palais tout de glaces, d'or,
 et de moulures érigés à la demi-tasse parisienne par des limona-
 diers artistes.
    « C'est le plus souvent dans quelque carrefour sans nom, au fond
 d'une ruelle ou d'une impasse obscure, au bout d'un escalier à
 vis, sur une table et dans une salle à manger de cabaret qu'il
 faut aller chercher la gastronomie pour lui rendre son culte. Les
 plus célèbres restaurants sont des bouges que dédaigneraient nos
 cuisines à vingt-cinq sous.