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murailles de charbon, trois à quatre petits bidets de montagnes; sur
ces quatre bidets, le chemin de fer en choisit deux qu'il attèle à ses
voitures, et voilà ces deux pauvres bêtes qui trottent même entre
ces deux barres de fer, et jugez si l'on va vite ! Et plus la chose est
invraisemblable, plus elle est vraie! Et si vous ne comprenez pas com-
ment il se fait que dans ce pays de houille on se prive d'une machine
à vapeur, assez forte pour faire en deux heures tout le service que
ne font pas tant de mauvais chevaux en cinq heures, je vous dirai
que personne n'y peut rien comprendre ! Pour ma part, j'étais fu-
rieux; si le chemin de fer m'avait demandé mon nom, je lui aurais
répondu : — Je m'appelle Emile Peyreire! A ce nom redouté, je ne
pense pas que le chemin de fer aurait continué ainsi son petit bon
homme de chemin!
   Pourtant quel plus bel emplacement fut jamais trouvé à un che-
min de fer? Deux villes de cette importance, Lyon et Saint-Etienne!
Un chemin qui tient à la fois au Rhône, à la Saône, à la Loire ! Par-
tout le fer, le charbon, le minerai, que sais-je? Six cents voyageurs
chaque jour, et sur lesquels le chemin ne comptait pas. Si Peyreire
les tenait sous sa main intelligente, ces six cents voyageurs, il en
aurait bientôt le double, lui qui, avant peu, jettera chaque dimanche
un million de voyageurs dans la forêt de Saint-Germain ! Et quel
immense capital (une heure et demie ajoutée chaque jour à la vie
de douze cents hommes) ne gagnerait-on pas, si, au lieu de faire le
trajet en quatre heures et demie, le chemin de fer le faisait seule-
ment en trois heures! Et encore une fois, comprend-on que ce soient
les machines qui manquent au chemin? Quoi! vous avez les voitu-
res, vous avez les voyageurs, vous avez le fourrage, et vous n'avez
pas le cheval!
   Néanmoins (je vous avertis que la folle du logis va revenir ! ) quel
beau voyage à faire de Lyon à Saint-Etienne ! et comme j'étais heu-
reux d'aller si lentement et de pouvoir admirer tout à l'aise ce beau
pays traversé d'une façon si solennelle! C'est, en effet, un paysage
d'une incroyable variété. Il ne s'agit pas ici d'une route ordinaire
depuis long-temps tracée, ou tout au moins indiquée par les rela-
tions et parles habitudes de deux villes voisines; il s'agit d'un sen-