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Innocent IV. Dans la grande querelle d'omnipotence qui s'a-
gitait entre Frédéric II et le souverain pontife , l'empereur
faisait valoir la force de ses armées; Innocent ne pouvait
opposer que les foudres de l'Eglise. Le p a p e , comprenant
bien que ses foudres étaient impuissantes à lutter contre la
brutalité des armes, s'enfuit de l'Italie, et pensa tirer de
Frédéric une petite vengeance en venant se réfugier dans
notre ville, soumise tout entière à sa dévotion, quoique de-
vant foi et hommage à l'empereur allemand. Ce fut donc à
Lyon que se tint le grand et mémorable concile dans lequel
Innocent excommunia Frédéric, au milieu des cierges éteints.
Dans cette même r é u n i o n , l'Eglise s'occupa de l'intérêt des
croisés. Deux décrets relatifs aux Juifs furent rendus; le pre-
 mier ordonna aux princes qui avaient des Israélites dans les
terres de leur obéissance, d'obliger ceux-ci à rendre aux croi-
 sés toutes les usures qu'ils en tiraient, sous peine d'excom-
 munication pour les uns et de privation des droits civils poul-
 ies autres. Le deuxième décret défend aux Juifs d'exiger ce
 qui leur était dû par les croisés jusqu'à leur retour ou jus-
 qu'à ce qu'on aie reçu un certificat authentique de leur mort.
 Pourquoi, dans des affaires civiles, ces prescriptions rela-
 tives seulement aux Juifs ? espérait-on que les croisés, après
 leur retour, s'acquitteraient avec du fer? On ne parle pas
 des Juifs de Lyon. S'ils avaient été bien apparents, ils auraient
 valu la peine qu'on s'occupât d'eux d'une manière spéciale.
   Le second concile est celui de Béziers, tenu l'année sui-
vante. Les Juifs, adonnés aux sciences, exerçaient la méde-
cine ; de leur côté, les ecclésiastiques cultivaient cette bran-
che lucrative. Les Israélites étaient, dit-on, guidés par une
instruction plus approfondie. Je n'ai pas recherché la preuve
de celle assertion, mais il est certain que le clergé s'effarou-
cha toujours de celle concurrence. L'assemblée de Béziers
défendit aux chrétiens de recourir à des médecins juifs ; de
plus, elle prescrivit à tous les Israélites de payer la dîme et
de rendre aux curés le même profit que s'ils étaient chrétiens.