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310 Innocent IV. Dans la grande querelle d'omnipotence qui s'a- gitait entre Frédéric II et le souverain pontife , l'empereur faisait valoir la force de ses armées; Innocent ne pouvait opposer que les foudres de l'Eglise. Le p a p e , comprenant bien que ses foudres étaient impuissantes à lutter contre la brutalité des armes, s'enfuit de l'Italie, et pensa tirer de Frédéric une petite vengeance en venant se réfugier dans notre ville, soumise tout entière à sa dévotion, quoique de- vant foi et hommage à l'empereur allemand. Ce fut donc à Lyon que se tint le grand et mémorable concile dans lequel Innocent excommunia Frédéric, au milieu des cierges éteints. Dans cette même r é u n i o n , l'Eglise s'occupa de l'intérêt des croisés. Deux décrets relatifs aux Juifs furent rendus; le pre- mier ordonna aux princes qui avaient des Israélites dans les terres de leur obéissance, d'obliger ceux-ci à rendre aux croi- sés toutes les usures qu'ils en tiraient, sous peine d'excom- munication pour les uns et de privation des droits civils poul- ies autres. Le deuxième décret défend aux Juifs d'exiger ce qui leur était dû par les croisés jusqu'à leur retour ou jus- qu'à ce qu'on aie reçu un certificat authentique de leur mort. Pourquoi, dans des affaires civiles, ces prescriptions rela- tives seulement aux Juifs ? espérait-on que les croisés, après leur retour, s'acquitteraient avec du fer? On ne parle pas des Juifs de Lyon. S'ils avaient été bien apparents, ils auraient valu la peine qu'on s'occupât d'eux d'une manière spéciale. Le second concile est celui de Béziers, tenu l'année sui- vante. Les Juifs, adonnés aux sciences, exerçaient la méde- cine ; de leur côté, les ecclésiastiques cultivaient cette bran- che lucrative. Les Israélites étaient, dit-on, guidés par une instruction plus approfondie. Je n'ai pas recherché la preuve de celle assertion, mais il est certain que le clergé s'effarou- cha toujours de celle concurrence. L'assemblée de Béziers défendit aux chrétiens de recourir à des médecins juifs ; de plus, elle prescrivit à tous les Israélites de payer la dîme et de rendre aux curés le même profit que s'ils étaient chrétiens.