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27'2 de leurs maîtres. Sans doute le motif que firent valoir les ministres de l'empereur pour obtenir cet édit s'appuyait sur un décret du concile de Gangres, prononçant analhème contre ceux q u i , sous apparence de p i é t é , persuaderaient aux serviteurs et aux esclaves chrétiens placés dans le ser- vice des maîtres infidèles de les quitter , de les mépriser, d'abandonner leur service, ou de ne pas leur obéir avec l'honneur, la fidélité et le respect qu'ils leur devaient. De plus, au temps de saint Grégoire-le-Grand, les Juifs s'étaient plaints de l'adresse de leurs esclaves , qui se faisaient chré- tiens seulement pour secouer le joug de la servitude ; et le pape Gelase écrivit aux évoques circassiens , Conslantius et L a u r e n t , de prendre garde de se laisser surprendre par ces artifices , et de ne pas recevoir témérairement au baptême ces esclaves sans les bien examiner et sans pénétrer quel était le motif de leur conversion. Mais, en supposant que ces esclaves eussent un véritable désir d'embrasser la religion de Jésus, saint Grégoire voulait qu'on les reçût dans l'Eglise et que l'on n'oubliât rien pour les retirer de la servitude, soit qu'ils fussent déjà chrétiens depuis long-temps, soit qu'ils le fussent devenus tout récemment. Cette pensée de saint Gré- goire était juste , et la loi de Louis fut inique. Quoi qu'il en soit, comme les Juifs ne cessaient de persé- cuter les esclaves qui avaient été baptisés, saint Agobard crut devoir écrire à l'empereur pour justifier sa conduite et mettre cette nouvelle chrétienté à l'abri des insultes et per- sécutions judaïques. Les lettres écrites par l'archevêque à ce sujet subsistent encore à la Bibliothèque de notre ville , aux œuvres d'Agobard ; elles sont au nombre de cinq ; et je me ferais un devoir de les traduire toutes, si l'espace ne me manquait. La première de ces lettres est adressée à Louis-le-Débon- naire , et porte ce titre : De l'insolence des Juifs. Notre prélat commence par déclarer que les Israélites sont d'autant plus insolents dans la prospérité qu'ils sont plus rampants aux jours